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Un grain de sable dans les serveurs d’IA : recours contre un projet de datacenter dans la Drôme

lundi 16 mars 2026
Un grain de sable dans les serveurs d’IA : recours contre un projet de datacenter dans la Drôme

Le 18 février 2026, un collectif regroupant des riverains et des organisations (dont l’Atelier Paysan) a déposé au tribunal administratif de Grenoble un recours contre le permis de construire obtenu deux mois plus tôt par la société Sesterce Group pour un immense datacenter dédié à l’intelligence artificielle, à Rovaltain, près de la gare Valence TGV.

L’intelligence artificielle (IA) s’immisce dans nos vies avec une rapidité telle qu’il devient impossible de questionner le sens et les impacts de cette technologie : en moins de cinq ans, son déploiement est devenu une évidence, sans aucun débat public. Une effarante "fuite en avant" qui concerne aussi l’agriculture, comme nous l’avions écrit en juin dernier, ici.
Mais contrairement à la plupart des conséquences matérielles du numérique (hormis certaines infrastructures comme les antennes), le développement de l’IA impose une matérialité jusque dans nos territoires, permettant en retour de se saisir des enjeux et éventuellement de glisser des grains de sable dans certains rouages. C’est ce qui se passe dans la Drôme (26), où un collectif tente de faire dérailler un projet lancé à la vitesse d’un TGV. Ce qui est affirmé, derrière un recours administratif déposé le mois dernier, c’est bien la tentative d’organiser une réappropriation citoyenne de ce débat qui nous est confisqué.

« Assez DataCenter Rovaltain » contre l’opacité
Le 18 décembre 2025, la mairie d’Alixan a très discrètement accordé au groupe Sesterce un permis de construire pour la création d’un supercalculateur dédié à l’IA sur l’« écosite » de Rovaltain, à deux pas de la gare SNCF Valence TGV.
À la suite de l’alerte lancée par le comité local des Soulèvements de la Terre, le collectif citoyen « AssezDC Rovaltain » s’est constitué autour d’habitants de l’agglomération Valence-Romans, avec le soutien de nombreuses organisations : les Amis de la Terre Drôme, ATTAC Romans, Stop Linky 5G Drôme Ardèche, Arrêt du Nucléaire Drôme-Ardèche et l’Atelier Paysan.
Un permis de construire pouvant être contesté dans les deux mois qui suivent sa publication, ce collectif a déposé le 18 février un recours au tribunal administratif de Grenoble afin de favoriser le débat public que les promoteurs de telles infrastructures cherchent à éviter.

Fausses promesses économiques
La société Sesterce Group a promis un investissement d’1,8 milliard d’euros au total pour ce projet. Censé reposer uniquement sur des fonds privés, ce projet risque d’impacter – sans aucune concertation – les finances locales. Au vu de la consommation énergétique monstrueuse de ce type d’installation, la desserte du site en électricité nécessitera des travaux de raccordement. Surtout, il faudrait mettre en place les infrastructures destinées à distribuer aux entreprises voisines... une partie de la chaleur produite par le refroidissement des processeurs : appelée communément "chaleur fatale", l’énergie dégagée par les milliers de serveurs vient, pour tous les datacenters, alimenter des bulles de chaleur ; la réglementation impose d’essayer de (mais pas de réussir à) valoriser une partie de cette chaleur dans des installations comme des réseaux de chauffage... inutiles en pleine canicule.
Autre fausse promesse, l’emploi : alors que le projet doit créer localement jusqu’à 800 emplois directs et indirects selon Nicolas Daragon, Président de l’agglomération, le dossier associé au permis de construire n’évoque que 10 à 15 emplois créés. Détail pas si anecdotique que ça : même si ce n’est que la première phase du projet, le parking n’est lui-même dimensionné que pour 35 places.

L’IA, une technologie insoutenable écologiquement  
On recense déjà 350 data centers en France. Les promoteurs du supercalculateur de Rovaltain promettent une puissance électrique de 80 MW, le plaçant parmi les plus grands de France, voire d’Europe (le record actuel est le datacenter "Jupiter", en Allemagne, d’une puissance comprise entre 11 et 18 MW ; mais des projets pharaoniques de supercalculateurs sont annoncés depuis un an un peu partout en France, depuis le "sommet pour l’IA" organisé par l’Elysée en février 2025).
Dans son communiqué de presse annonçant le recours au tribunal administratif, le collectif "AssezDC Rovaltain" rappelle l’aberration que constitue ce type de projet : « La consommation énergétique de tels équipements n’est pas compatible avec les enjeux du PCAET (plan Climat-Air-Énergie territorial) de décarbonation, de préservation de la biodiversité, de réduction des consommations et d’adaptation aux changements climatiques. Les gros data centers comme celui-ci créent localement des "îlots de chaleur" susceptibles d’aggraver canicules et sécheresses ainsi que les problèmes sanitaires liés aux pics de pollution à l’ozone. Cette technologie repose par ailleurs sur des ressources limitées, en particulier les ressources minières, dont l’exploitation extrêmement polluante alimente des conflits armés comme c’est le cas de la guerre du tantale au Congo. »