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[SOCIETARIAT] Les semences paysannes font leur entrée avec l’arrivée de Triptolème !

mardi 25 août 2020
[SOCIETARIAT] Les semences paysannes font leur entrée avec l’arrivée de Triptolème !

L’Atelier Paysan est engagé depuis près de deux dans une démarche d’élargissement du sociétariat pour atteindre les 128 sociétaires à l’issue de l’assemblée générale de juin dernier. L’association Triptolème, investie dans la promotion de la biodiversité cultivée et les semences paysannes dans le Grand Ouest, fait partie de ces nouveaux et nouvelles arrivant∙e∙s. Entretien avec Florian, paysan-meunier-boulanger à Molac (56), membre actif de Triptolème et sociétaire de l’Atelier Paysan, pour mieux connaître ce nouveau sociétaire et les projets enthousiasmants qui s’annoncent.

Florian, peux-tu nous présenter Triptolème ?

Triptolème est une association loi 1901, née en 2007 dans le Grand Ouest, qui a succédé à ASPAARI (Association de soutien aux projets et activités agricoles et rurales innovantes), elle-même née en 1999 pour soutenir le développement d’alternatives rurales et agricoles. Triptolème réunit des paysan·ne·s (qui pratiquent ou non la meunerie ou la boulangerie), des chercheur·euse·s, des jardinier·e·s, des boulanger·e·s, etc., autour de la promotion de la biodiversité cultivée et des semences paysannes, notamment dans le domaine des céréales et autres productions en grandes cultures (légumineuses ou autres). L’association est avant tout présente en Bretagne, Normandie, Pays-de-la-Loire. Triptolème est membre du Réseau Semences Paysannes au niveau national.

L’association s’est beaucoup impliquée sur la recherche participative avec des unités de recherche, notamment de l’INRAE (ex-INRA) sur les semences paysannes (blé, sarrasin, seigle, etc.), mais aussi sur l’expérimentation collective autour de la mouture en farine et la panification au levain. L’association possède quelques matériels (moissonneuses, batteuse à botillons, etc.) à disposition des adhérent·e·s pour faciliter le travail de mise en place de collections de céréales. Nous organisons plusieurs fois par an en Bretagne une formation itinérante en Boulange et blés paysans – Du grain au pain - qui permet d’aller à la rencontre de paysan·ne·s et boulanger·e·s autour des semences paysannes, des céréales, de la meunerie et du pain, et de voir comment ces passionné·e·s ont construit des projets de vie autour de ces sujets.

Qu’est-ce qui rapproche les semences paysannes et la biodiversité cultivée de la question des machines et outils agricoles ? Et comment abordez-vous cette question de l’équipement à Triptolème ?

Le trait d’union, c’est la recherche d’autonomie. Aussi bien la fabrication d’outils que la multiplication de semences sont une affaire de savoir-faire paysans accumulés. C’est une recherche collective de continuité et d’évolution de quelque chose qui nous a précédé. On cherche à s’inscrire dans un commun existant en procédant à des ajouts, des sélections, des modifications. Et dans les deux domaines, il est également question de retrouver du sens dans ce qu’on fait.

Assez rapidement après sa création, Triptolème a eu accès a du matériel mis en CUMA pour récolter et multiplier des semences de manière plus simple qu’à la main, et pour mutualiser les moments de battage, de sélection, etc. Le lien avec la machine est là pour nous. Par extension, pour celles et ceux qui sont dans la partie meunerie, de fait la machine fait partie intégrante du travail de la céréale. Si tu en fais ton métier, tu as besoin de machines adaptées à ta ferme, à tes besoins, à ton contexte. Tu as donc besoin d’un apport technique, de connaissances, de savoir-faire. Encore une fois il y a une approche de mutualisme.

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Quelles pourraient être les pistes de collaboration avec l’Atelier Paysan pour la suite ? Des projets qui vous sembleraient pertinents et enthousiasmants ?

La vision politique partagée avec l’Atelier Paysan, notamment sur les questions d’autonomie, nous permet d’entrevoir un partenariat technique qui va sans doute permettre de répondre à des manques qu’on identifie en tant que paysan·ne·s sur de la reflexion et de la conception d’outils. Plusieurs membres de Triptolème ont par exemple une solide expérience technique et des connaissances empiriques qui peuvent être très utiles pour nourrir les discussion et les réflexions sur les outils à développer, adapter ou retrouver pour la meunerie. A ce titre, nous sommes intéressé∙e∙s par le trieur hélicoïdal qui permettrait de répondre à un vrai besoin collectif en termes de tri. Il n’y a pas besoin d’en faire un par ferme. L’idée de développement d’outils pourrait être d’en avoir quelques-uns qui se promènent par département. Un des gros défis dans l’installation en paysan-meunier-boulanger, là où ça coince souvent, ce n’est pas dans le savoir-faire du blé et du pain, mais plutôt dans le fait d’avoir un nettoyage et tri de céréales efficaces. Les matériels performants sont hors de prix, alors souvent on se rabat sur des machines mal adaptées, qui permettent de faire un nettoyage et un tri acceptables, mais pas absolument efficaces pour la farine et pour les semences. Le développement d’un combiné simple, accessible, qui permettrait de trier doucement mais avec une vraie qualité, serait également une option vraiment intéressante pour beaucoup de personnes qui se lancent. Ça permettrait en plus de réduire le volume occupé par l’équipement de nettoyage-tri, tout en ayant une belle qualité de travail (un peu le défi que les frères Astrié avaient relevé en développant leur modèle de moulin). Il y a plein de choses à faire, on pourrait aussi voir comment fabriquer un petit semoir d’essai attelé, proche de ce qui est déjà fait sur le maraîchage, pour soutenir les multiplications de petits lots de variétés en céréales.

Notre collaboration pourrait aussi nourrir un travail sur le réglage des machines, le choix des grilles car les céréales sont très spécifiques. Triptolème est enfin engagé avec l’Atelier Paysan et d’autres partenaires comme l’INRAE et la FRAB Bretagne dans un projet portant sur la transformation des céréales dites mineures à la ferme (décorticage, concassage, etc.). Le projet est en train d’être étudié par des financeurs mais si cela aboutit, cela nous donnera des pistes de travail en commun, notamment autour du développement d’outils et machines pour la transformation à la ferme (concassage, décorticage, etc.).

Bref, les perspectives ne manquent pas !