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Il est des rencontres fertiles qui valent bien des aurores...

jeudi 16 janvier 2020
Il est des rencontres fertiles qui valent bien des aurores...

Fruit d’une enquête menée par deux journalistes depuis deux ans, est publié depuis le mois dernier un opus de la collection Manuels des éditions 369, coédité par la Cité du Design, consacré à l’Atelier paysan. L’idée : des récits polyphoniques enrichis de ressources pratiques et d’illustrations.
Un grand merci donc aux éditions 369 ainsi qu’aux auteures Sarah Petitbon (journaliste de presse écrite) et Louise Druhle (dessinatrice, artiste et graphiste).

L’Atelier paysan, pas peu fier, vous présente ce joli travail d’éducation populaire :

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Un bien bel objet en effet : 72 pages dans un tout petit format, à tirage limité (600 exemplaires), une belle impression offset et relié par coutures. Nous avons été touché par son esthétique, comme par les croquis qui accompagnent le récit. L’écriture est douce et stylisée, extrêmement agréable pour une première approche de l’histoire et des visées de l’Atelier paysan. A mettre entre toutes les mains de celles et ceux qui découvrent notre coopérative, mais aussi de chacun-e de nos compagnes et compagnons de route !

Dès l’introduction, on saisit que l’Atelier paysan est loin de se réduire à un projet technique d’autoconstruction, mais travaille en profondeur les représentations sociales et politiques véhiculées par la machine. L’ouvrage n’est cependant pas l’équivalent d’un « manifeste » de notre ambition de transformation sociale, mais choisit d’écouter et de faire parler ses membres, avec toute leur sensibilité, ce qui rend le propos incarné et d’autant plus puissant.

Le premier chapitre s’attarde sur la genèse de notre aventure et la présentations des humains qui la vivent. Une histoire d’amitié, comme le clin d’œil de René Char à Albert Camus : « Il est des rencontres fertiles qui valent bien des aurores ». Par ces chaleureux témoignages on se promène parmi les fondamentaux de l’Atelier : le commencement par les planches permanentes, le début de la SCIC, les tournées de référencement de l’innovation paysanne, l’activité d’entraide sur le forum, la question du libre. Corrigeons juste une petite imprécision : le texte évoque une centaine de prototypes d’outils et de bâtis à ce jour dans le pot commun de l’Atelier… il s’agit en fait de plus d’un millier !

La partie centrale est entièrement consacrée aux témoignages des paysannes et paysans, qui permet au récit d’aborder l’ensemble des apports concrets de la coopérative pour ses usager-es : gains en termes de réseaux, de ressources, d’apports agronomiques, d’autonomie, d’ergonomie, de revenu…
Mais celles et ceux qui s’expriment n’oublient pas de transmettre avec un brin d’émotion ce que leur vécu à l’Atelier leur apporte en termes de pouvoir d’agir, de fierté, d’euphorie, tout ce qui ne se mesure pas.
Un immense merci à Aude, Adrien et Romuald pour leur sincérité, leur fraîcheur et leur disponibilité !

Les derniers paragraphes complètent ardemment le tableau par une prise de hauteur en abordant la complexité des sujets qu’on soulève. L’Atelier paysan ne se satisfait pas de seulement proposer une alternative à une minorité de paysan-nes engagé-es dans des expérimentations à la marge de l’agriculture conventionnelle. Mais a bien la volonté de participer à changer l’ensemble du modèle agricole et alimentaire par une pensée des Communs, et par une approche systémique. Ne pas ignorer que les politiques publiques et les industries pédalent dans le sens inverse en déployant de colossaux investissements vers une agriculture entièrement connectée, déshumanisée, robotisée. Il ne s’agit donc pas de tout faire reposer sur des actes et des responsabilités individuels, mais bien de transformer la société. Sinon, les paradoxes surviennent : l’autoconstruction conduit-elle les paysan-nes à devenir autosuffisant-es, donc devoir exercer des dizaines de métiers, ou l’enjeu est-il de bâtir des solidarités concrètes, de refaire communauté paysanne ?

En vente auprès de l’Atelier paysan (12 euros + quelques sous pour les timbres) : contactez-nous.

Pour découvrir les éditions 369 : cliquez ici
369 est une maison d’édition plurielle qui connecte les savoirs, les arts, les technologies, le design et la recherche. Elle pense l’édition au sens large, comme un geste qui façonne et assemble. Elle suscite des liens inattendus entre les bouleversements écologiques, politiques, sociaux et scientifiques. 369 produit des livres et des rencontres qui cherchent à donner à chacun des outils pour agir et raconter le monde.

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BIOGRAPHIES DES AUTEURES
Sarah Petitbon est journaliste indépendante de radio et de presse écrite. Elle collabore régulièrement avec la rédaction de France Culture, le magazine Polka et différents titres du groupe de presse Bayard (Notre Temps, Okapi, Pèlerin…).
Louise Drulhe est designer graphique, dessinatrice et artiste. Diplômée de l’EnsAD Paris, elle développe un travail théorique et plastique sur la cartographie et la représentation d’Internet et envisage la spatialisation comme un outil de compréhension socio-politique de cet espace. Son travail a été présenté en France et à l’étranger. Elle donne régulièrement des conférences, enseigne et fait partie de jurys dans des écoles d’art.