PPAM • Griffon à disque d’Olivier Guilleux
Contexte de la ferme :
Après un parcours dans l’environnement et huit années à l’Agence de Services et de Paiement (ASP), Olivier se reconvertit dans les PPAM. Formé puis salarié chez Yves Rocher pendant trois ans, il s’installe en 2016 dans le Morbihan sur une ancienne ferme laitière qu’il convertit à la production de plantes à parfum, aromatiques et médicinales. Aujourd’hui, trois personnes travaillent sur l’exploitation.
La ferme couvre 25 ha, dont 8 à 12 ha consacrés aux PPAM.
Située dans un contexte océanique, l’exploitation reçoit environ 1 000 mm de précipitations par an. Les sols, majoritairement limoneux, ressuient rapidement, ce qui permet d’intervenir peu de temps après les pluies. En contrepartie, ils ont tendance à sécher rapidement en été.
La roche mère schisteuse confère aux sols un caractère acide et relativement imperméable. Olivier adapte ses cultures à cette diversité pédologique : les parcelles situées en hauteur, où les sols sont peu profonds (20 à 30 cm) et présentent des affleurements rocheux, sont principalement dédiées aux lavandes. Les zones plus basses, dotées de sols profonds pouvant atteindre un mètre et particulièrement fertiles, accueillent plutôt des cultures comme la menthe ou la camomille. Comme le résume Olivier : « C’est une terre qui est facile et belle. »
Les cultures sont majoritairement pérennes, avec quelques annuelles et plantes sauvages. Les principales productions sont la lavande, la camomille romaine, la menthe poivrée et la rose de Damas. Les cultures sont implantées sur des planches de 1,20 m de large, renouvelées lors des rotations. Les espèces les plus développées, comme la lavande, sont conduites sur un rang central, tandis que les cultures plus basses, comme la menthe ou la camomille romaine, sont implantées sur deux rangs. Le reste de la surface est occupé par des céréales, du sarrasin et du chanvre. Olivier produit une gamme de 28 huiles essentielles, commercialisées principalement en vente directe, mais aussi auprès de professionnels et de grossistes. L’exploitation est certifiée en bio depuis sa création et les cultures sont largement associées à des couverts végétaux, avec environ 80 % de couverts automnaux semés.
Auto-construction
Olivier a toujours aimé bricoler et adapter son matériel. Après avoir suivi un stage d’initiation à la soudure avec l’Atelier Paysan, il développe une approche basée sur la récupération et la modification d’outils d’occasion. Pour lui, adapter un matériel existant permet de répondre précisément aux besoins de la ferme tout en limitant les investissements.
Problème rencontré
L’exploitation était déjà équipée d’outils permettant de désherber efficacement au plus près du rang. En revanche, la gestion de l’enherbement dans les inter-rangs était plus problématique et avait tendance à être reléguée au second plan.
À la sortie de l’hiver, les adventices pouvaient former une végétation dense d’une dizaine de centimètres de hauteur. Dans ces conditions, les dents de binage classiques avaient tendance à accumuler de gros paquets de végétation, nécessitant de multiples passages pour obtenir un résultat satisfaisant. Olivier cherchait donc une solution permettant de mieux maîtriser l’enherbement des inter-rangs tout en limitant le temps de travail et le nombre d’interventions.
Solution mise en place
Pour répondre à ce problème, Olivier a auto- construit ce griffon à disque en 2020. Après son expérience et les erreurs passées, il a décidé de construite un outils avec un cadre haut et un châssis robuste. Pour cela il s’est inspiré à la fois des griffons utilisés dans le sud-est de la France et de la butteuse à planches de l’Atelier Paysan. (lien vers la butteuse : https://www.latelierpaysan.org/Butteuse-a-planche )
Itinéraire de désherbage des inter-rangs
La machine est utilisée principalement au printemps pour maîtriser l’enherbement des inter-rangs. Selon les conditions climatiques, Olivier réalise entre 6 et 8 passages par an en conditions sèches, et jusqu’à 15 à 20 passages les années plus humides, en combinant plusieurs outils sur le même châssis :À la sortie de l’hiver, lorsque les inter-rangs sont fortement enherbés, Olivier utilise quatre disques montés en opposition. Ceux-ci repoussent la végétation vers le centre de l’inter-rang et forment un léger andain contenant les adventices.La végétation est ensuite laissée quelques temps afin de sécher. Olivier repasse alors avec des dents simples pour reprendre les touffes d’adventices et affiner le travail.Plus tard dans la saison, lorsque la pression des adventices diminue, il équipe les dents de socs ailettes larges afin de scalper toute la largeur de l’inter-rang. Il limite alors le nombre de passages pour éviter de déstructurer le sol et de le transformer en poussière.Principe de fonctionnement
Les quatre disques regroupent les adventices au centre de l’inter-rang pour former un andain. Celui-ci est ensuite repris par des dents à double spire qui le déstructurent et favorisent la décomposition de la végétation.
Le premier disque est crénelé afin d’améliorer la coupe des adventices et de limiter les risques de bourrage dans les sols caillouteux. Le second disque est lisse pour pouvoir travailler au plus près du rang de culture.
Lorsque l’outil est équipé de socs ailettes, ceux-ci scalpent les adventices sur toute la largeur de l’inter-rang. Olivier a volontairement raccourci la partie extérieure des ailettes afin d’éviter d’endommager le rang voisin.
CaractéristiquesLargeur du cadre : 2,20 m (correspond à la largeur extérieure du tracteur)Hauteur sous bâti : 1,20 mProfondeur de travail : jusqu’à 10 cmOutils interchangeables : disques, dents simples, dents à double spire et socs ailettes
Coût : un peu plus de 3 000 €
Temps de fabrication : 4 jours
Vitesse de travail :environ 8 km/h avec les dents simples ;environ 5 km/h avec les socs ailettes.Puissance nécessaire : 80 ch
Un système de bride inspiré d’autres outils de l’atelier paysan permet de remplacer facilement les dents.
Retours
Le disque crénelé placé à l’avant améliore la coupe des adventices et limite les risques de bourrage liés à la présence de pierres dans les parcelles.
Olivier a également observé un effet inattendu du disque lisse placé au plus près de la culture. Sur les espèces à fort développement, comme la lavande ou l’hélichryse, celui-ci vient légèrement tailler les branches situées en bordure du rang. Cette taille facilite ensuite les opérations de binage ainsi que la récolte à la faucheuse à tambour.
Olivier a également constaté que la formation d’un andain accélère la décomposition des adventices. Retournées et regroupées au centre de l’inter-rang, elles sèchent plus rapidement et sont plus facilement reprises lors du passage suivant.
Cette machine est l’aboutissement de plusieurs versions précédentes. Selon Olivier, les premiers outils manquaient de hauteur sous bâti et d’efficacité lorsque la végétation était développée, cette machine est donc très satisfaisante.
Points de vigilanceEn conditions caillouteuses, une pierre déplacée par une roue peut faire dévier brutalement l’outil. À vitesse élevée (8 à 10 km/h), l’opérateur doit réagir rapidement pour éviter d’endommager la culture.Le montage en attelage frontal n’a finalement pas apporté les bénéfices attendus. Il augmente les besoins de traction pour faire pénétrer l’outil dans le sol, même si le triangle d’attelage contribue à rigidifier l’ensemble.Les socs constituent la principale pièce d’usure, avec environ un jeu remplacé chaque année.Comme tout outil de binage de précision, un mauvais guidage peut entraîner des dégâts importants sur le rang.Plutôt que de multiplier les outils spécialisés, Olivier a fait le choix d’un châssis unique et évolutif. En changeant les équipements au fil de la saison, il adapte son intervention aux conditions rencontrées tout en conservant un outil simple, économique et facile à modifier.
Statistiques : Publié par Clara.d — 09 juin 2026, 17:17