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Le rapport Damaisin sur le mal-être agricole est « décevant » pour Solidarité paysans

Dans le rapport rendu le 2 décembre, l’analyse des causes du suicide comme les préconisations ne mentionnent qu’à peine les problématiques concrètes des agriculteurs et notamment les causes structurelles de leurs difficultés économiques et de condition de travail ou de vie.

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Le rapport commandé par le gouvernement au député Olivier Damaisin (LREM) portant « sur l’identification et l’accompagnement des agriculteurs en difficulté et prévention du suicide  » a été remis le 2 décembre dernier. « L’objectif de ce rapport était double : d’abord mieux comprendre et connaître les causes de suicide en agriculture et aussi mieux prévenir, pour être en capacité d’éviter plus de drames. Cette mission visait ainsi à rendre le dispositif d’identification et d’accompagnement plus efficace et plus lisible, mais aussi à comprendre l’impact de certaines controverses sociétales sur l’agriculture et le rôle que peut avoir le phénomène dit « agribashing » sur le mal-être des agriculteurs  », explique le gouvernement.

Aucun état des lieux de l’agriculture en France
Ce rapport de 89 pages et les sept préconisations qui en ressortent est « décevant » a rétorqué Solidarité paysan le même jour dans un communiqué : « est-ce seulement avec des campagnes de communication et de la coordination des acteurs que le nombre de suicides en agriculture va diminuer ? ». L’association remarque ainsi que « ce rapport ne propose aucun état des lieux de l’agriculture en France, des difficultés économiques des agriculteurs et des responsabilités dans cette situation. Dans son rapport, M.Damaisin n’interroge ni le modèle agricole, ni les conditions d’exercice du métier. Il mentionne seulement "d’éventuels risques structurels inducteurs de conditions de travail difficiles". Doux euphémisme, alors que certains d’entre eux connaitront de grandes difficultés dès les premières années de leur installation. Il ne renvoie qu’à des responsabilités individuelles, et souhaite voir l’agriculteur "prendre conscience de sa condition de chef d’entreprise" ».

Améliorer l’identification des agriculteurs en difficulté

La lettre de mission orientait de fait le travail du député sur l’agribashing au détriment d’une analyse globale et sur l’amélioration des missions d’accompagnement, au détriment d’actions sur les causes structurelles du mal-être, notamment économiques ou liées aux conditions de travail.
Ainsi, le rapport préconise « d’améliorer l’identification des agriculteurs en difficulté et le maintien du lien, la mobilisation et la formation des sentinelles, la coordination des acteurs de la prévention, l’accompagnement des agriculteurs, notamment les jeunes en phase d’installation ainsi que la communication et le financement de certains dispositifs mis en œuvre ».

Rien sur les agriculteurs qui cessent leur activité
« Les problématiques concrètes des agriculteurs ne sont pas abordées, estime de son côté Solidarité paysans. Rien sur la dématérialisation, l’absence de services publics en milieu rural. Aucune recommandation pour prendre en compte la détresse des membres de la cellule familiale, faciliter le recours aux soins et aux droits sociaux. Rien sur les agriculteurs qui cessent leur activité, ni sur l’accès à la formation professionnelle des agriculteurs en procédure ou plan de sauvegarde ou de redressement judiciaire. Aucune recommandation non plus pour soutenir le redressement de l’exploitation (durée des échéanciers de paiement MSA, coût des procédures collectives...). Aucune recommandation enfin pour faciliter l’accès aux financements des agriculteurs bénéficiant d’un échéancier de paiement ou d’un plan judiciaire d’apurement du passif ».

Un autre rapport sur le sujet
Si l’association salue la proposition d’action 28 pour faciliter l’aide au répit et l’accès au service de remplacement en cas d’épuisement professionnel, elle se dit outrée par l’action 27 qui pourrait restreindre le financement des associations locales de son réseau avec l’obligation de passer par un projet local coordonné. La remise de ce rapport en a relancé un autre sur ce même sujet, celui du sénateur Henri Cabanel (RDSE), qui devrait rendre ses conclusions au premier trimestre 2021 dont une partie sera bien « consacrée au volet économique des exploitants en difficulté », explique-t-il à la France agricole. Le plan d’action du ministère de l’Agriculture devrait être présenté après cette échéance soit en mars prochain.