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Au nom de la terre : comment en parler

Sorti le 25 septembre, ce film qui met à l’écran les difficultés de nombre d’agriculteurs et d’agricultrices a attiré plus d’1,3 million de spectateurs, notamment hors de Paris. Le point de vue de Samuel Dugas (Civam Adage 35) et Paul Renault (Solidarité Paysans Bretagne).

JPEG - 104.9 koLe film raconte l’histoire de Pierre qui reprend la ferme familiale et y vit heureux avec sa famille, « du moins au début » comme le précise le synopsis. Et pour cause, les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise et sombre peu à peu. Ce film est une surprise, un événement. Rares sont les productions grand public traitant du monde agricole avec autant de justesse et de franchise. La sensibilité qui s’en dégage met à mal les statistiques froides sur le suicide et les discours tièdes sur le monde agricole.

Voir Au nom de la terre en salle, c’est comme se réunir autour d’un feu et écouter une histoire très dure mais merveilleusement racontée. C’est un film qui travaille les consciences, un film au constat implacable, un film question qui ne donne pas les réponses et c’est très bien ainsi. Mais c’est un film qui ne peut pas rester sans réponses.

Reconnecter agriculture et société
Edouard Bergeon, le réalisateur, met en scène l’histoire de son propre père et incarne un trait d’union parfait entre le monde agricole et le reste de la société ; il parle de sa vie, de celle de ses parents, de l’histoire contemporaine de l’agriculture. Son film soulève la poussière en abordant toutes les problématiques qui traversent nos campagnes. Il n’est pas utopiste d’espérer que ce film reconnecte la société avec son agriculture.

Oui, nous, paysans et paysannes sommes soutenus par la société mais elle soutient aussi nos remises en question et nos évolutions (relocalisation des filières, fin du taylorisme géographique des productions, suppression à terme la chimie…). La course aux gains de productivité et son corollaire, la surcharge de travail, entraînent l’isolement des paysans et des paysannes, ce que le film met d’autant plus en relief qu’il est contrasté par l’amour qui règne dans la famille. On a fait de nous des fournisseurs de matière première pour l’agroalimentaire. Cela doit changer. Dans ses interventions publiques, Guillaume Canet, qui joue le rôle de Pierre, reprend souvent cette formule : « On a tous une assiette devant nous ! », invitant ainsi à politiser son assiette.

Apporter des ressources
Edouard Bergeon et Guillaume Canet collaborent avec Solidarité Paysans qui accompagne celles et ceux qui connaissent des situations difficiles, sur leur demande et en toute confidentialité. En Ille-et-Vilaine, Solidarité Paysans Bretagne travaille avec le Civam Adage 35 pour qui l’agriculture de groupe est un précieux outil pour retrouver, dans un cadre collectif, de l’autonomie décisionnelle et sa liberté. Les deux associations proposent des interventions communes lors de débats à l’issue des projections du film, une vingtaine en deux mois.

Ces temps d’échanges donnent de la visibilité à l’action de Solidarité Paysans et de l’Adage et aident les spectateurs à repartir plus conscients et confiants sur les possibilités de se mobiliser. Nous invitons tout un chacun à être attentifs à ces paysans et paysannes qui galèrent et apportons quelques ressources (existence de groupes d’échanges, d’accompagnement individuel, de travailleurs sociaux à la MSA…).

Aujourd’hui, nous devons travailler ensemble à l’organisation de notre société et à revoir ses finalités. Croître pour croître ne peut plus être notre doxa. Le crépuscule contemporain de l’agriculture annonce son réveil ; le réveil des paysans et paysannes, d’aujourd’hui et de demain, et celui des dizaines de millions de citoyens et citoyennes qui les soutiennent.

Article publié dans Transrural initiatives n°476