Désescalade technologique : contre les datacenters, ni à Châteauroux ni ailleurs
Le 17 octobre, le collectif « Ozans dire non », qui lutte contre l’implantation d’un datacenter géant dans la zone d’activité d’Ozans à côté de Châteauroux, a rassemblé un millier de personnes pour dire non à ce projet et à l’intelligence artificielle (IA). Le lendemain, plus d’une dizaine de collectifs opposés à des projets similaires dans différents coins de France ont publié un « appel à la résistance aux datacenters », l’appel du 18 octobre de Châteauroux (disponible ici).
Google prévoit d’implanter un gigantesque « supercalculateur », un datacenter dédié à l’IA, sur 200 hectares de terres agricoles. D’une puissance de plus d’un Gigawatt (l’équivalent d’une tranche de centrale nucléaire), ce datacenter cristallise l’opposition des riverain-es et des associations locales. La récente démission de plusieurs membres du conseil municipale puis de la maire du village concerné, Etréchet, a mis en lumière ce projet et la bataille qu’elle suscite.

Le collectif local mobilisé contre ce projet a donc décidé d’organiser, le samedi 17 octobre, une après-midi de mobilisation dans les champs et sur l’une des fermes impactées. Entre 800 et un millier de personnes ont ainsi déambulé au milieu des parcelles promises au géant de la tech, où une immense bâche « pas un hectare pour Google » a été peinte.


Un village associatif et des tables rondes, sur la remorque d’un tracteur de la Confédération Paysanne de l’Indre, ont prolongé les discussions. Cela a permis d’aborder les différents impacts de l’IA et de dénoncer la bienveillance des collectivités locales vis-à-vis de projets démentiels en termes de consommation d’énergie, d’eau, de foncier, de minerais, etc.

L’Atelier Paysan y est intervenu pour souligner le solutionnisme technologique qui sous-tend la diffusion de l’IA. Après des décennies d’investissements et de « modernisation » agricole, les fermes se retrouvent plus capitalisées que jamais et impossibles à transmettre. Cette « modernisation » s’est accompagnée d’un recours accru à la chimie, qui nous mène dans l’impasse aux plans sanitaire et écologique. Dans le même temps, la rémunération indécente du travail agricole mène à des difficultés de recrutement de salarié-es agricoles. Face à la difficulté à trouver de la main d’oeuvre « bon marché » et aux critiques environnementales, les agriculeurs et agricultrices sont invité-es à se tourner vers des « solutions » numériques et robotiques, qui éludent les véritables causes du problème. Ainsi, on ne parle plus de politique économique et sociale, mais uniquement de désherbeur IA capable de remplacer du travail humain et, au moins officiellement, de réduire les doses de pesticides. Mais de tels désherbeurs coûtent une fortune en investissement et en maintenance, et aggravent le phénomène de concentration des fermes. Ainsi, l’IA contribue à confisquer l’autonomie des paysan-nes et à accélérer la disparition des fermes.