Accueil > Index de trouvailles paysannes > Brasserie • Auto construction d’un récupérateur de chaleur

Brasserie • Auto construction d’un récupérateur de chaleur

La Brasserie du val d’Ainant, est située à Saint-Geoire-en-Valdaine en Isère (38) au bord de la rivière de l’Ainant. Elle a été fondée par Catherine Dereume et William Bown en 2006. Ils produisent de la bière artisanale, la Dauphine, depuis plus de 10 ans et propose une large gamme de bières renouvelée continuellement. Suite à la rencontre avec Régis Yon, un entrepreneur inventif de la région, la décision est prise afin de faire baisser leur consommation énergétique, d’auto construire certains éléments de la brasserie, dont un récupérateur de chaleur. Ils n’en resteront certainement pas là, les idées ne font que germer.

Contexte

Parcours

En 2006, la brasserie est inaugurée avec la mise sur le marché de leur première bière. Catherine Dereume et son mari font tourner la brasserie à deux jusqu’en 2012 où ils engagent un de leur stagiaire, Julien, pour reprendre les rennes de la production. Aujourd’hui la brasserie semble partie pour durer et tourne avec 4 personnes : Catherine (gérante), Julien (responsable de production), Mimmo (logisticien) et Iannis (assistant de gestion).

Production

  • Produit : bière artisanale, non filtrée, non pasteurisée et refermentée en bouteille.
  • Volume : environ 1000 hl/an (ce qui correspond environ à 2 brassin par semaine).
  • Matière première : Le malt : malterie du château (Belgique), Le houblon : Charlfaram (Angleterre), L’eau : captée sur place et rendue potable par une station d’assainissement + adoucisseur.
  • Gamme : ils proposent une gamme très variée : les classiques (blanche, blonde, dorée, ambrée, brune), un grand nombre d’éphémères, une eau-de-vie de bière et bientôt du whisky.

Commercialisation

50 % de la production est vendue en vente directe au magasin/bar de la brasserie. Le reste est vendu pour la plupart dans les magasins de la région (spécialisés bière artisanale ou produits du terroir).

IMG_1156.jpg

Caractéristiques techniques générales

Production de chaleur : chaudière au fioul – Cumulus électrique

Transferts de moût/bière : Pompe inox centrifuge

Brassage :

  • Cuve d’empâtage/filtration (capacité =1000 l), double parois, isolée, fond filtrant, chauffage au fioul et agitateur (brassage multi paliers ).
  • Cuve d’ébullition, double parois isolée, chauffage au fioul, hélice d’agitation permettant le whirlpool (précipitation des résidus de houblons par action centripète induite par la mise en rotation du moût en fin d’ébullition → tourbillon).
  • Refroidisseur tubulaire (voir illustration ci-dessous)
  • réserve d’eau chaude (rinçage du grain) : double cumulus électriques domestiques

Fermentation (deux générations de fermenteurs) :

  • Cylindro coniques simple parois (non isolés), dans chambres conditionnées. Une chambre de fermentation primaire (T° = 15 °C), une chambre de garde (T° = 2 °C)
  • Cylindro coniques double parois (isolés) et réfrigérés à l’aide d’un groupe froid et d’un système glycol.

Conditionnement : remplisseuse / capsuleuse / étiqueteuse automatique

Carbonatation : Refermentation en chambre chaude auto construite (panneaux en styrodur et radiateur électriques à bain d’huile) → T° = +/- 25 °C

photo brasserie.jpg

Choix ergonomiques

L’espace est souvent une contrainte limitante dans l’aménagement d’une brasserie. Au val d’Ainant, ils n’ont pas ce problème, au contraire de la place, ils en ont même à revendre ! Leur salle de brassage, bien aérée et de répartition horizontale permet d’en attester (cf. Photo ci-dessus).

Leur chambre chaude a été conçue avec deux portes, l’une donnant du côté production et l’autre du côté du stock de produits finis. Cela permet de limiter les déplacements inutiles de palettes à travers toute la brasserie.

Diminuer la facture en bricolant !

La production de bière nécessite de grandes quantités d’énergie, principalement pour chauffer l’eau nécessaire à sa confection. Choisir des moyens de chauffage efficaces, économiques et écologiques ainsi que la réduction des pertes au cours du processus de brassage font partie des préoccupations fondamentales lors de la conception d’une brasserie.

La facture électrique de la brasserie est lourde car les locaux, et une partie de l’eau nécessaire à la fabrication de la bière, sont chauffés électriquement. L’installation date des premiers jours et mériterait d’être repensée ou du moins améliorée mais le coût de ce type d’intervention est très élevé, surtout si on fait appel à des entreprises spécialisées. L’auto construction d’une partie du matériel peut s’avérer être un compromis intéressant.

C’est dans la rencontre entre Catherine et Régis Yon, un entrepreneur porté sur l’auto construction, que naissent des idées améliorant la situation énergétiques de la brasserie :

  • un système solaire (panneaux solaires, tuyauterie et ballon tampon),
  • un système de chauffage central utilisant l’unique poêle à bois de la brasserie comme source de chaleur
  • un système de récupération de chaleur entièrement auto construit avec les moyens du bord

Un récupérateur de chaleur auto construit

Problématique

  • Besoin de grandes quantités d’eau chaude potable pour le brassage de la bière (empâtage, rinçage du grain après filtration, nettoyage du matériel, etc)
  • Paradoxalement, besoin de grandes quantités d’eau froide pour le refroidissement du moût après ébullition (environ 2000 litres pour refroidir 1000 litres de moût). Pour cette étape la brasserie utilise de l’eau non potable afin d’économiser l’eau potable (car ils disposent d’un puis de captage perso). L’eau de refroidissement ne peut donc être utilisée pour brasser de la bière.
  • solution : récupération de la chaleur de l’eau de refroidissement non potable pour la transmettre à l’eau froide potable avant son introduction dans le cumulus. Permettant ainsi de diminuer la chauffe effectuée par le cumulus électrique.

Schéma.jpg

Principe de fonctionnement

Il s’agit simplement d’un réservoir bien isolé permettant de récupérer l’eau de refroidissement (non potable) utilisée par le refroidisseur tubulaire pour refroidir le moût en fin d’ébullition. L’eau potable froide destinée à alimenter le cumulus électrique traverse le réservoir au moyen d’un tuyau en cuivre spiralé, récupérant ainsi une partie de la chaleur de l’eau de refroidissement.

Remarque : le système est intéressant uniquement si plusieurs brassins sont réalisés durant la même journée car c’est l’énergie perdue lors du premier brassin qui sera utilisée lors du deuxième brassin. Au plus les brassins sont espacés dans le temps, au moins le système présente de l’intérêt.

schéma récupérateur.jpg

Choix constructifs

  • Caisson/isolation : Panneaux sandwich. Utilisation du reste ayant servi à faire les revêtements des murs de la salle de brassage
  • Réservoir : 2 Citernes plastiques de 1000 litres (tonne à eau) reliées entre-elles
  • Tuyauterie : 50 mètres de tuyaux de cuivres traversant le caisson (et torsadé en spirale au sein de chacune des citernes)
  • Points positifs : le système est simple, facile à réparer et remplit sa fonction
  • Points négatifs : la présence d’eau chaude, non potable et stagnante génère facilement des moisissures à l’intérieur du caisson, ce qui peut potentiellement représenter un problème sanitaire en brasserie. Il est important de nettoyer régulièrement le caisson.

photo récupérateur.jpg

Pour aller plus loin

le site de la Brasserie du val d’Ainant

Sur notre forum :

Ces travaux de recensement bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National , par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires.

JPEG - 62 ko

Statistiques : Posté par Charles AP — 28 Février 2018, 11:49 — Réponses 0 — Vus 1