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Planches Permanentes • Buteuse légère à partir de récup’

Bonjour,

Voici une autoconstruction réalisée par Lionel Ragon reconverti en maraîchage bio sur petite surface en Meurthe-et-Moselle (installation faisant partie du projet MAPS ). L’autoconstruction est inspirée de la buteuse à planche de l’AP, mais simplifiée et réalisée avec des matériaux de récupération.

Lionel est installé depuis 2011 sur une surface totale de 1,8 ha, qui comprend un jardin maraîcher (dont 750 m² de serres), un verger diversifié (pommiers, quetschiers, poiriers, pruniers, abricotier et mirabelliers) et une partie en prairie valorisée par une demi-douzaine de moutons. La partie maraîchère est située sur un pan de colline exposée au sud. Les sols, composés de marnes argileuses sont relativement peu profonds (40 cm) et présentent par endroit des agglomérats d’argile compacts.

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Pour limiter la compaction du sol, Lionel a décidé d’abandonner progressivement et prudemment le labour pour passer à la technique des planches permanentes. L’objectif est de ne plus travailler le sol en profondeur et de n’utiliser qu’une herse rotative pour préparer la terre.

Côté mécanisation, Lionel dispose uniquement d’un petit tracteur de 24 Chx utilisé uniquement pour le travail du sol. L’entretien des culture et la récolte est fait à la main. La fertilisation est assurée par l’implantation d’engrais verts, de compost et de fumier (équin, ovin ou bovin). L’épandage est réalisé manuellement.

Lionel fait face à des problèmes d’eau, car ses sols ont une bonne réserve utile mais ils sont peu profonds. Pour l’instant son seul accès à l’eau est via la concession, ce qui représente un coût de revient relativement élevé. La sécheresse du mois de juillet 2015 a été fatale pour une partie de ses cultures.

Une bonne partie de la production maraîchère est transformée sur place : Lionel fait notamment de la choucroute, de la sauce tomate et de la ratatouille. La production brute et transformée est vendue à 60 % sur la ferme, le reste étant commercialisé dans une AMAP.

Depuis son installation, Lionel récupère et réutilise ses propre semences et expérimente des croisements spontanés entre différentes variétés de courges et de tomates.

Pourquoi une buteuse ?

Lionel a fait le choix de travailler en planches permanente pour limiter la compaction des sols cultivées. Mais cette technique fait face à plusieurs facteurs défavorisant : le dévers entraîne un ravinement des buttes en cas de pluie, et par temps sec le vent affaisse également les planches.

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L’autoconstruction :

Lionel a construit l’outil de toutes pièces à partir de matériaux récupérés, en s’inspirant de la buteuse de l’AP. L’outil est composé d’un châssis qui porte deux paires de disques buteurs et une paire de roues de jauges. Ces dernières peuvent être remplacées par des buttoirs pour travailler plus en profondeur les passe-pieds et rehausser un peu les bords de la butte.

A l’avant, les passe-pieds sont travaillés par deux dents de déchaumeur.

Tous les accessoires sont réglables en hauteur.

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Pourquoi pas la buteuse de l’AP ?

Elle n’a pas la même dimension. La buteuse de l’AP est trop lourde (il faut reconnaître qu’elle fait 565 Kg) et n’a pas de sens dans ce système à mécanisation très légère (le petit tracteur de Lionel ne peut soulever que 350 Kg).

Quelle place dans l’itinéraire cultural ?

Elle est utilisée deux fois par ans, seulement si les conditions de sol sont propices : pas trop humide, sinon les disques s’empâtent, pas trop sec, sinon la butte part en poussière et s’affaisse. Les roues de jauge sont positionnées en dahu afin d’adapter la hauteur des disques au dévers de la parcelle et de former des planches horizontales. Les disques travaillent au maximum à 10-15 cm. Le petit tracteur ne possède pas de 3ème point hydraulique mais l’inclinaison de l’outil est calibrée par la barre de 3e point (type tendeur à cage).

Premier passage :

En fin de culture (automne) : pour enfouir les résidus végétaux et reformer la planche avant l’implantation des engrais verts.

Second passage :

En début de saison (printemps) : pour préparer le semis ou la plantation.

En fait, formation de la planche se fait en général en 3 passages, toujours dans le même sens :

  • Un avec les disques et les roues de jauge,
  • Un avec les disques, roue de juge à droite, buttoir de passe-pied à gauche,
  • Un avec les disques, roue de juge à gauche, buttoir de passe-pied à droite.

L’objectif est d’obtenir une butte d’au moins 15 cm. Un passage d’un rotavator peut être fait en complément. La planche est peaufinée manuellement avec un râteau de 60 cm à dents resserrés.

Coût du dispositif :

La machine a dû coûté autour de 250 euros, ce qui comprend les disques buteurs (26 euros l’unité) les paliers et les roulements (achetés chez Agripartner). Les roues et les dents ont été récupérés sur des vieilles machines (faneur et déchaumeur). La fourche des roue a été autoconstruite en fer plat.

Modification envisagées :

  • Mettre en place deux nouveaux emplacements pour les disques buteurs, plus resserrés afin de buter les patates,
  • Ajouter peut-être des déflecteurs latéraux en plaque métalliques, comme sur la version de l’AP,
  • Ajouter un rouleau cage à l’arrière pour voir si cela remplace l’intervention manuelle au râteau.

Pour creuser un peu la question des planches permanentes, voici un article du CIVAM Bio 09 sur un maraîcher du Rhône qui utilise depuis quelques année la techniques des planches permanentes. Jetez-y un œil, ça parle de nous !

Statistiques: Posté par Marin@AP — 30 Septembre 2015, 10:39 — Réponses 0 — Vus 222