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Bâtis autoconstruits • Réhabiliter un hangar pour s’installer

Sur la ferme du Jardin d’Hélène...

Question cruciale et récurrente lors d’une nouvelle installation : comment gérer la contrainte énorme du bâti, alors que l’activité agricole démarre à peine ? Et puis, pour corser un peu les choses, en faisant le choix de l’autoconstruction... Les solutions sont multiples, et celle d’Hélène et Louis constitue une réponse particulièrement efficace : dénicher une ancienne ferme, et réutiliser la structure d’un hangar métallique existant pour aménager les espaces nécessaires, à moindre coût et avec des techniques constructives simplifiées.

Se qualifiant eux-même de « néo-ruraux » de part leur reconversion récente, ils s’installent sur ce lieu où Hélène y porte son projet de maraîchage influencé par la permaculture, en synergie avec Louis qui gère une grande partie de l’aspect construction. Dans cette installation à deux, ils font un choix de vie diversifié : entre apprentissage du métier, autoconstruction, vie collective, l’objectif reste aussi de s’accorder du temps pour la vie de famille. Ils recherchent aussi l’autosuffisance, mais dans une dimension collective à l’échelle du village : dès que possible, ils multiplient les interactions avec les autres paysans du coin (troc de foin, chantiers collectifs des uns et des autres, élevage de cochons communs, etc), fonctionnent au maximum en récup’, mutualisent le matériel et les véhicules, et cherchent à faire de cette ferme un lieu d’accueil et de rencontres.

Au programme donc : beaucoup de récup’, installation à moindre coûts, nouvelle vie pour un hangar agricole, aménagements simples et efficaces, espaces collectifs… et surtout, une autoconstruction maîtrisée car réalisée étapes par étapes, en sachant se faire accompagner sur les points qu’ils ne maîtrisent pas, et en valorisant au maximum la vie collective (chantiers participatifs, accueils à la ferme, événements, etc).

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Historique de la ferme :

Contexte :

Après un long temps de prospection quant au lieu de leur projet, Hélène et Louis ont l’occasion de racheter ces 7 ha de terres agricoles, en lisière de village. Hélène travaillait déjà dans le secteur agricole et porte avec énergie son projet d’installation, et Louis participe activement aux aménagements, de par son activité de maçon. Membre actif et en partie fondateur de la ressourcerie locale, Louis a aussi accès à de nombreux matériaux de récupération pour la construction.

Sur place existent déjà un ancien corps de ferme en pierres (encore bien dans le village) et, de l’autre côté de la route, des prairies et un imposant hangar à charpente métallique, encore en bon état.

Nature de l’exploitation et surfaces :

Au sein de ces 7ha de terres disponibles, Hélène cultive 0,5ha en maraîchage, selon des principes de permaculture. Le reste du terrain est utilisé pour l’accueil d’événements, l’hébergement touristique, accueil à la ferme... bref, pour la vie collective !

Sur ces 0,5 ha cultivés : 450m² sous serres-tunnel.

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Commercialisation :

Marchés à proximité et paniers à la ferme (10 paniers/semaine) + vente de plants.

Au maximum en local, en limitant les kilomètres parcourus… et en mettant en commun le matériel (exemple : un camion partagé entre plusieurs paysans du coin pour aller faire les marchés).

Clef de détermination de l’installation :

Travailler sur petites surfaces, en recherchant l’autonomie : sur la ferme et dans le collectif, en échangeant au maximum avec les autres paysans du coin.

Recherche d’un travail le moins mécanisé possible, mais tout de même avec petit tracteur pour les outils les plus imposants (un cultibutte notamment).

Comme l’essentiel de la surface disponible n’est pas utilisée pour les cultures, Hélène et Louis ont voulu mettre à disposition cet espace disponible pour les communs, et faire de la ferme le lieu de cette vie collective. Accueil d’événements en plein air (cirque, cinéma de plein air...), hébergements de visiteurs en yourte, petit lieu d’accueil pour événements artistiques, concerts, accueil de groupes, etc. L’objectif est de toucher une population variée, en plus de l’activité agricole.

Historique du bâtiment :

Besoin initial :

Construire l’habitation et les locaux de l’activité agricole au même endroit, à proximité des cultures : afin d’éviter de perdre du temps de trajet, et pouvoir conjuguer un minimum installation en maraîchage et vie de famille.

Aussi avoir un lieu d’accueil abrité pour les petits événements, qui puisse servir en toutes saisons.

Vue éclatée_Bis.jpg

Clef de détermination :

Autoconstruire principalement en récupération (pour réduire les coûts), avec des matériaux écologiques, et des

Réutiliser la structure du hangar existant, pour réduire les coûts mais aussi en restant dans leur logique de récup’/recyclage : offrir une seconde vie aux matériaux, aux bâtiments...

Parcours réglementaire :

Permis de construire pour la réhabilitation du hangar, indispensable vu la surface et la double fonction du bâtiment (habitation + activité agricole).

Après un premier permis refusé (où ils proposaient de construire un bâtiment neuf), leur seconde proposition a eu plus de succès : il est toujours plus pertinent de réinvestir un bâtiment inoccupé que d’en construire un neuf, sans répondre à la problématique du vieillissement de ce qui est déjà là. Et puis l’insertion paysagère de ce hangar revisité, à cheval entre le village et la campagne, a aussi joué dans leur sens.

Conception :

Accompagnée par un ami architecte, qui leur a proposé de réutiliser le hangar, en insistant sur la qualité paysagère du bâtiment. En dehors de cet aspect paysager (et du bardage extérieur en bois), Hélène et Louis ont assuré la conception de ce bâtiment surtout par eux-même.

Une scierie local les a accompagné pour le dessin et la préparation de la construction bois, ainsi qu’une coopérative qui travaille autour des énergies renouvelables sur le plan de l’autonomie énergétique.

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Construction :

Coût global : 50 000 € pour la construction de la maison sous le hangar. Le reste est plus difficile à estimer, vu toute la récup’ employée pour aménager les espaces sous le hangar.

Entre autres :

  • Remorque-frigo : 500€ d’occasion
  • Ballots de paille ont été troqués à un paysan du coin
  • La moitié des vitrages sont issus de la récup’
  • La moitié du bardage bois a été récupéré sur le hangar existant et réutilisé, le reste a été acheté neuf
  • Le bois pour l’ossature de la maison a été acheté neuf, entièrement préparé à l’avance en scierie

Superficie : hangar existant de 320m² (surface couverte au sol : 200m² entre les portiques, et 120m² sous les dépassées de toiture Nord et Sud)

A l’intérieur :

  • habitation : 100m²
  • locaux activité agricole : 50m² + environ 50m² couverts sous hangar
  • autres : 60m²

Choix de conception :

Occupation du volume offert par le hangar :

  • Dans la longueur de la nef (espace entre les poteaux des portiques) : 2 parties de 100m² au sol chacune, une pour la partie agricole et l’autre pour l’habitation.
  • Sous les dépassées de toiture (60m² chacune) : la partie au Nord reçoit des espaces de service ou techniques, tels que l’atelier de bricolage et les sanitaires pour l’accueil des visiteurs (le plus souvent hébergés dans la yourte). La dépassée Sud est laissée telle qu’elle pour couvrir un espace extérieur (de travail pour la partie agricole, ou simplement terrasse de l’habitation).

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Autres :

  • Par-dessus la partie agricole, une mezzanine est aménagée pour accueillir des évènements à la ferme (concerts, spectacles, conférences, débats…).
  • Façades Nord, Est et Ouest du hangar : sont fermées avec un bardage bois horizontal pour l’intégration paysagère, et ouvrir complètement le volume au Sud.
  • Le principe de « la boîte dans la boîte » : le fait d’avoir déjà le toit du bâtiment permet de concevoir des structures et locaux beaucoup plus simples en dessous (donc plus facile à autoconstruire et moins coûteuses), car on retire l’exposition aux intempéries de l’équation… ce qui réduit énormément les exigences techniques ! (en somme, on ne considère plus que l’isolation thermique des locaux à isoler,

Choix constructifs :

  • Façades en bardage bois : ossature primaire en douglas local non-traité fixée directement sur la structure métal du hangar + lames de bardage horizontales en douglas
  • Planchers et murs des locaux agricoles : en système ossature-bois, en partie en bois de récup’ et en partie de bois neuf.
  • Chambre froide : remorque-frigo achetée d’occasion, posée sur un « socle » en rondins de bois découpés pour la surélever du sol (éviter les remontées d’humidité) + marche en béton pour y accéder.
  • Cloison de séparation chambre-froide/ local de vente : mur en bottes de paille, pour avoir une isolation thermique entre les 2 locaux.
  • Paroi vitrée du local de vente : fenêtres-bois de récup’ fixées sur des montants verticaux en bois (aussi de récup)
  • Habitation (cf schéma ci-dessous) : fondations en pneus remplis de terre isolées avec polystyrène de récup + ossature préfabriquée en douglas et mélèze (murs et planchers) + isolation en bottes de paille entre les montants + enduit terre (mélange chaux/sable). Pas besoin de plus, car le hangar protège les murs paille des intempéries (sauf en façade Est, où c’est le bardage bois qui prend le relais.

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Particularités :

  • Séparation des différentes structures : sous le hangar les éléments des différentes structures sont désolidarisés les uns des autres (à l’exception du bardage bois, qui est fixé directement sur la structure métal du hangar). Ces structures sont séparées et ne se rencontrent pas, car les matériaux ont des comportements différents dans le temps. Cela permet aussi de réduire les ponts thermiques dans les locaux isolés (par exemple pour les murs-paille de l’habitation, qui évitent la condensation qui aurait eu lieu si la charpente métal avait été en contact avec les bottes).
  • Bâche de récupération des eaux de pluie : capacité de 25 000 litres pour tout le toit du hangar.
  • Chauffage : Habitation chauffée uniquement par un poêle à bois au centre de la maison (8 stères bois/an pour 90m²) et par un peu de chauffage solaire thermique (deux panneaux au Sud, devant la terrasse).

construction mur paille.jpg

Autoconstruction : partielle

Calendrier des étapes de l’installation :

Fin 2010 : achat du site

2011 : début de l’activité de maraîchage et lancement de la ressourcerie

2012 : début des travaux dans le hangar (locaux+habitation)

2013 : emménagement

2014 : fin de l’habitation, depuis les travaux continuent

Accompagnement d’un professionnel :

  • Conception et mise en place du chauffage bois et solaire thermique avec une Scop de la région (lien en fin d’article)
  • Pose des fenêtres neuves par un menuisier.
  • Travail avec une scierie pour se faire fournir l’ossature bois prédécoupée et pré-dimensionnée : toute l’ossature de la maison a été dessinée avec les gens de la scierie, débitée et préparée en amont, afin (en « kit », mais sur mesure).
  • Assainissement par un professionnel.

Chantier participatif :

Oui, pour le montage des parties ossature bois, des murs paille, des enduits terre, etc… Participation des proches, des clients, des gens du village et/ou agriculteurs du coin…

Inconvénients, et avantages dus à l’autoconstruction :

Sollicite beaucoup de temps, en parallèle de l’installation agricole… d’où la nécessité de ne pas assumer ce projet de façon solitaire, en impliquant d’autres personnes. De plus la récup’ force à un rythme assez lent, car les matériaux ne sont pas disponibles en permanence... mais au final, c’est justement ce qui permet de prendre le temps de bien faire les choses : apprentissage du maraîchage, de l’autoconstruction, organisation des chantiers collectifs, possibilité de prendre du recul avant de lancer un chantier, etc. Au final, ils considèrent ce processus « étape par étape » comme indispensable dans leur démarche, c’est une façon de s’installer de façon adaptée.

Usage :

Organes internes :

Partie agricole :

  • Local de vente : 30m²
  • Chambre froide : 15m²
  • Espace couvert sous hangar (avec dépassée de toiture) : 80m²

Partie habitation : 100m²

Autres :

  • Espace d’accueil pour les événements : 80m²
  • Atelier : 45 m²
  • Sanitaires visiteurs : 15m²

Ergonomie :

Un point qui fonctionne très bien au quotidien : des espaces de travail de petite échelle, à proximité des uns des autres et sur le même niveau en plain-pied. Couplés à une organisation des espaces en fonction des différentes étapes de travail (des champs à la vente), Hélène évite des gestes et déplacements inutiles au quotidien.

Concrètement, ça donne ça :

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Et un petit zoom sur l’aménagement du local de vente, ainsi que les ouvertures du bardage en façade pour distribuer les paniers :

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Local préparation + vente_bis.jpg

Défauts d’usage majeurs :

Peut-être la présence de la marche pour accéder à la chambre froide (due au socle pour la surélever), qui ne permet pas d’y rentrer avec un diable ou une petite brouette… (gêne assez relative)

Si c’était à refaire :

Chaque chose en son temps, il y a encore des travaux à finir ! Hélène et Louis étaient notamment en train d’installer des panneaux photovoltaïques sur le pan Sud du toit, pour êtres aussi plus autonomes au niveau de l’électricité (cf photo intérieure du hangar, plus haut).

Aller plus loin :

Petits outils de maraîchage, pour réduire ou en alternative à la motorisation :

  • Encore en plein phase de R&D, l’aggrozouk pour une piste de porte-outils à assistance électrique

Sur l’éco-construction :

  • Le RFCP pour la construction paille

Sur l’énergie :

  • Plus d’infos sur la Scop qui les accompagne sur l’autonomie énergétique : Scop’EnR

D’autres exemples, autour des mêmes idées :

  • Toujours un local de vente , lui aussi autoconstruit à partir de récup’

Et d’autres compléments d’information sur leurs autres bricolages... bientôt !

Ces travaux de recensement bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National , par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires.

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Statistiques : Posté par Lucas AP — 10 Octobre 2016, 14:49 — Réponses 0 — Vus 1