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Bâtis autoconstruits • Réemployer un hangar pour s’installer en maraîchage

Sur le GAEC Terres de Luisandre :

En 2010, Cyrille a la possibilité de lancer son activité en maraîchage sur le terrain d’une ancienne ferme. Avant d’être rejoint quelques années plus tard par Mathieu, son futur associé, il pose les bases de son installation, en cherchant notamment à vivre au plus près de ces 5ha de terres.

Un ancien hangar agricole en structure métallique était déjà présente sur les lieux : seuls les portiques en acier, une dalle de 150 m², un toit et la façade Sud étaient encore là. Devant ces 450 m² ouverts à tous les vents, Cyrille a décidé de s’appuyer sur ce squelette pour y aménager progressivement un nouveau bâtiment. En logeant une par une les différentes pièces dont il avait besoin sous cette grande structure disponible, Cyrille a pu réaliser son installation à moindre coût.

Avec le renfort de Mathieu, ils aménagent à présent tous deux la ferme, au fil du temps. Grace à des systèmes constructifs simples, pas mal de récup’ de matériaux et un bon lot de patience, ils ont pu mettre en place un lieu de de travail et d’accueil polyvalent, encore appelé à évoluer !

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Historique

Contexte :

Cyrille est installé sur ce site depuis 2010, et est rejoint en 2013 par Mathieu, en tant qu’associé. Ils travaillent aussi souvent avec une troisième personne, en saisonnier.

Dès le début, l’objectif de Cyrille est d’habiter sur place : pour travailler avec le temps, le sol, et de s’adapter au lieu. L’activité agricole est vue comme un engagement permanent, dans lequel s’aménagent des espaces personnels. L’habitation dissociée du bâtiment agricole permet de séparer le temps du travail de celui de la vie de famille, tout en gardant une proximité très pratique au quotidien.

Nature de l’exploitation et surfaces :

5 ha des terres en maraîchage bio, dont 2,5 ha en production. 3800 m² sous serres-tunnel.

Commercialisation :

  • 50 % de la production vendue sur la ferme : 10 % en paniers AMAP à la ferme + 40 % en vente directe
  • 50 % de la production vendue sur les marchés

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Besoin initial :

Nouvelle installation, tout était à aménager ! Les possibilités d’aménagement offertes par le hangar métallique existant sont très larges (450 m² disponibles). Le bâtiment aura donc les fonctions suivantes : stockage des outils, atelier de bricolage, préparation des plants, lavage/tri/stockage des récoltes, accueil des visiteurs et lieu de vente.

Clef de détermination du bâtiment :

  • Réutiliser la structure existante, pour réduire le coût du bâtiment ainsi que la charge de l’autoconstruction (les aménagements sous le hangar sont bien plus simples à réaliser si la structure est déjà là).
  • Recherche d’un bâtiment fonctionnel et ergonomique, qui permette de gagner du temps au quotidien.

Parcours réglementaire :

Permis de construire déposé en 2010. L’étang à proximité du bâtiment était nécessaire à l’obtention du permis : il constitue une réserve d’eau pour les pompiers.

Conception :

Autoconception totale !

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Construction

Coût global : au total, 300 000 € d’investissements sur toute la ferme.

Quelques éléments de détail :

  • Bâtiment agricole : 45 000 € pour l’achat, entre 30 000 et 40 000 € pour tous les aménagements intérieurs.
  • Les 2 chambres froides : environ 5000 € chacune (panneaux sandwich déclassés)
  • Courgerie : environ 15 000 € (panneaux sandwich déclassés + déshumidificateur)
  • Séchoir à oignons : environ 750 € de bois (dont 360€ de tasseaux) + 40 € de câbles pour suspendre l’ensemble

Superficie : 450 m² (offerts par le hangar existants, puis aménagés petit à petit)

Choix de conception :

  • Aménagements et systèmes constructifs variés, qui utilisent le volume du hangar et s’appuient sur sa structure.
  • Un espace de travail généreux : 10x10 mètres d’espace libre au centre du bâtiment (au croisement de toutes les fonctions), sur dalle béton, pour travailler confortablement à 3 personnes. Principalement dédié au tri, il peut aussi servir à d’autres usages.
  • Principe de la « marche en avant » : l’organisation spatiale du bâtiment suit le chemin des légumes. Ainsi les récoltes arrivent par la façade Nord, sont conditionnées/stockées au centre, puis distribuées ou chargées en façade Ouest.

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Choix constructifs :

Globalement :

  • Sol : dalle béton pour les espaces de travail et les espaces fermés. Terre battue pour le reste.
  • Structure : portiques acier du hangar existant. Servent parfois de support aux nouveaux aménagements, parfois non. Chaque travée fait 5 mètres de large, et conditionne l’aménagement qui vient se loger dessous.
  • Toit : bac acier + pannes bois fixées sur les portiques existants.
  • Façades : bardage bois vertical + muret de soubassement parpaings sur les façades Ouest, Sud et Est. Bardage bois horizontal en clins en façades Nord.

Ensuite, des systèmes constructifs variés pour chaque aménagement, en fonction des ressources disponibles au moment de la réalisation :

  • Local de vente / bureau : système poteaux-poutres bois fixé sur la structure acier + panneaux OSB pour fermer les parois et faire les planchers/plafonds + isolation laine de roche
  • Local d’irrigation : matériaux de récupération + parois en OSB + laine de roche (pour le mettre hors-gel)

Vue Intérieure 1.jpg

Particularités :

  • Chambre fraîche : isolation en bottes de paille, comprimées entre les portiques et posées sur un soubassement en parpaings pour éviter les remontées d’humidité dans le mur. La paille permet une bonne inertie thermique tout en régulant correctement l’humidité de la pièce (« respiration » des murs).
  • Serre à plants : en récup’ chez un fleuriste, placée plein Sud. Une partie du vitrage d’origine a été récupérée, le reste est fermé avec de la bâche translucide.
  • Chambres froides (x2) & courgerie : pour gérer les différences de température, construites avec des panneaux sandwich déclassés.
  • Séchoir : sommier en bois (2 sections : 250x45mm et 145x45mm), poutre Ouest suspendue à un des portiques par des câbles (chacun peut porter 1 tonne), poutre Est fixée dans la structure métal existante (tiges filetées+écrous). Des liteaux (50x50mm) sont cloués directement sur les lambourdes pour composer un plancher à claire-voie. Ce système permet de porter 13 tonnes d’oignons. Des étagères de rangement sont aussi fixées sur le sommier bois, mais ne portent pas directement dessus.

Sechoir_Bis.jpg

Défauts constructifs :

La paille pour la chambre fraîche : c’est un peu la guerre avec les rats, qui s’y nichent facilement. Demande beaucoup de vigilance au quotidien.

Autoconstruction : totale

Calendrier :

  • 2010 : installation, permis de construire, début de l’aménagement.
  • 2011 : local d’irrigation.
  • 2012 : réalisation de l’atelier (et une partie de la dalle béton)
  • 2013 : arrivée de Mathieu comme associé. Agrandissement de la dalle au centre du bâtiment + principaux aménagements (bureau, local de vente, courgerie, etc).
  • 2014 : serre à plants.

Vue intérieure 3.jpg

Accompagnement d’un professionnel : aucun, à l’exception d’une toupie de béton louée pour couler les plus grandes dalles. Les petites étaient réalisées à la bétonnière. En dehors de ça, Cyrille et Mathieu ont réalisé l’ensemble des travaux eux-même.

Avantages / inconvénients dus à l’autoconstruction :

  • Aménagement progressif : permet de s’adapter petit à petit aux lieux, en faisant attention à l’ergonomie (on construit quelque chose lorsqu’on est sûr d’en avoir besoin, en cherchant toujours à voir précisément où l’on va y gagner du temps).
  • Faire un investissement financier fort, dès le début, miser tout de suite sur un équipement ergonomique et fonctionnel : réalisé rapidement, il permet de gagner du temps à court terme. Une fois le bâtiment opérationnel, dans les grandes lignes, c’est un poids en moins qui laisse l’occasion se dégager du temps personnel (Cyrille est actuellement à environ 50h/semaine), et de s’économiser sur le plan de la santé.

Vue extérieure 2.jpg

Usage :

Organes internes :

  • Local de vente : 40 m²
  • Bureau : 35 m²
  • Chambre fraîche : environ 30 m²
  • Chambres froides : 24 m² (12 m² par chambre)
  • Courgerie : environ 30 m²
  • Espace central de travail + lavage : environ 100 m²
  • Serre à plants : 48 m²
  • Espace en terre battue sous hangar : environ 90 m²
  • Local d’irrigation : environ 10 m²
  • Atelier bois
  • Séchoir à oignons

Organisation spatiale.jpg

Ergonomie :

  • Le principe de la « marche en avant » : permet de gagner du temps, sans revenir sur ses pas et éviter les étapes de transport inutiles.
  • Le fait que toutes les fonctions du bâtiment gravitent autour d’un espace central de travail est aussi un atout d’ergonomie : tous ces espaces sont à porté de main, mais suffisamment indépendants pour ne pas se gêner entre eux (on n’a pas à traverser un espace pour aller dans l’autre, par exemple). Ceci permet aussi d’envisager facilement plusieurs usages dans cet espace central : un jour dédié au tri des légumes, il peut servir plus tard à la préparation des plants, ou d’extension de l’atelier lors d’un chantier, etc...
  • La dalle béton centrale : toutes les opérations de transport peuvent se faire au diable, sans besoin de porter quoi que ce soit ! Un confort d’usage appréciable au quotidien. Et puis elle est assez grande pour travailler à 3 personnes dans les moments d’urgence.

ergonomie luisandre.jpg

Défauts d’usage majeurs :

Le camion qu’ils utilisent pour les marchés (un L1H2) commence à être un peu petit pour les volumes nécessaires, peut-être qu’ils devront en changer. La petite taille de l’espace de chargement où peut se loger le camion (environ 15 m², soit 3X5 mètres) pourrait-elle devenir une contrainte ?

Si c’était à refaire :

C’est un peu tôt pour répondre ! Et puis globalement Cyrille est assez satisfait de cette installation. C’est reparti pour la même chose ?

Aller plus loin :

  • Un sujet de R&D et de formations à l’Atelier Paysan : le Bâti20 , petit bâtiment de 20m² démontable/modulable, qui peut trouver une pertinence dans une phase d’installation (lorsque les terres sont éloignées de la ferme, par exemple).

Ces travaux de recensement bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National , par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires.

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Statistiques : Posté par Lucas AP — 14 Février 2017, 16:21 — Réponses 0 — Vus 2