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Bâtis autoconstruits • Innovation et moyens du bord : bâtiments d’élevage

Sur la ferme de La Rousselière...

Qui a dit que la prouesse technique ne convoque que les savants ? Les autoconstructeurs sont bien la preuve du contraire : en voici la démonstration.

Philippe, Sylvain et Marie-Pierre ; le père, le fils et l’associée, travaillent tous les trois dans cette belle ferme de bout de chemin, La Rousselière, ceci pour le bien être de leur 190 bovins logés confortablement parmi les 2900 m² de bâtiments autoconstruits... Car ici, quand on commence à construire, on voit vite grand, très grand ! Et la grandeur de la Rousselière ne porte aucun égard au poids du portefeuille, non, car les bâtiments n’ont quasiment rien coûté. La récup, la débrouille, une visseuse et une tronçonneuse, le tout chapeauté par l’idée que « du moment que ça tient debout, ça fera l’affaire » !

Pour résumer les étapes d’autoconstruction de la ferme, commençons par le premier geste (et pas des moindres) : déplacer tel quel le hangar de structure métallique et de le monter sur échasses pour avoir plus de place sous toiture. Cela permit de loger plus de matériel, mais l’agrandissement du troupeau devait lui aussi être logé : Philippe a donc pris le post à souder et a autoconstruit un hangar structure métallique à partir de bouts de ferraille dépareillés. Des années plus tard, il change de technique pour construire des stabulations en perche de châtaigner, poutre treillis pour augmenter leur portée, et poteaux enfoncés dans le sol sans fondation. Par la suite, un coup de chance est tombé sur la ferme : cette fois le groupe est allé démonter un ancien poulailler en bois de 600 m² pour le remonter à La Rousselière. Et comme il fallait bien abriter le foin et la paille pour tout le monde, une toiture couvrant environ 600 m² de plus a été accolée.

Score et résultat : 30 ans d’élevage bovin, taurillon, laitière, et viande, autant d’année en bio, 2900 m² d’autoconstruction par différentes techniques, 1 rénovation de maison, 0 permis de construire, investissement financier avoisinant le 0 également, 0 aide professionnelle (si l’on omet les toupies de béton) et technique, 100% débrouille... Et comme disait M Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

composition de la ferme.jpg

•Historique :

oContexte : Philippe a lancé l’exploitation dans les années 80. La ferme comprenait deux bâtiments traditionnels de pierre qui abritent aujourd’hui l’habitation, un bâtiment en parpaing qui fait office d’atelier aujourd’hui, et un hangar de structure métallique. C’est alors que les choses s’enchaînent : rapidement les besoins de la ferme augmentent, du matériel supplémentaire doit être stocké, de nouvelles bêtes arrivent, plus de terres... etc.

oNature de l’exploitation et surfaces : 3 associés (dont deux actifs), 110ha de terres dont 90ha attenantes, 190 bovins dont 55 laitières, 35 vaches allaitantes et 2 taureaux.

oValorisation des produits : la ferme fait transformer le lait qu’elle produit a une coopérative privée locale (fromage, lactique...). La viande est également préparée par une coopérative locale (Groupement E bio).

oCommercialisation : vente directe à la ferme (magasin de vente = 50 m²), et vente via les différentes coopératives.

oParcours agronomique : système d’élevage extensif, saillie naturelle, et veaux élevés sous la mère.

oClef de détermination des autoconstructions : aucun investissement financier (ou presque), construction spontanée faite avec les moyens du bord.

composition structure bois.jpg

•1. Déplacement, rénovation et agrandissement d’un hangar métallique existant

oBesoin initial : La ferme nécessitait plus de place notamment pour stocker du matériel (tracteur...).

oAutoconstruction : totale. Il s’agit du déplacement d’un hangar de structure métallique. Il a été déplacé pour qu’il soit le long de l’atelier (qui abritait les vaches à l’époque). En outre, il a été rehaussé, comme monté sur échasse, pour dégager plus de place sous toiture, donc permettre plus de stockage. L’agrandissement vient également en prolongement.

oCoût global : 0 € (si ce n’est la visserie)

oSuperficie totale du hangar déplacé et de l’atelier : environ 300 m²

oChoix constructifs :

−Structure métallique existante et non modifiée.

−Echasse de châtaigner enfoncée dans le sol à 80 cm de profondeur.

−Agrandissement : charpente faite en perche de châtaigner.

−Couverture : tôle ondulée

oParticularités techniques :

−Réemploi & récupération : le hangar, le châtaigner (pris dans un bois de la propriété)

−Débrouille : Comment ont-ils déplacé le bâtiment est un élément inexpliqué lors de ma visite. Compte tenu du sensationnel de toutes ces autoconstructions, j’ai survolé ce détail.

oDéfauts constructifs : Il suffit d’une manœuvre maladroite pour qu’un tracteur ait tordu un des poteaux... non réparé.

oUsages : aujourd’hui, c’est un espace de stockage

oErgonomie et fonctionnement : le déplacement du hangar a permis une marge de manœuvre plus confortable pour la circulation des tracteurs et des outils.

composition hangar réhausse.jpg

•2. Hangar métallique fait maison et appentis

oBesoin initial : stabulation en vue d’agrandissement du troupeau

oAutoconstruction : totale sauf le béton qui est venu en toupie.

oCoût global : 0 € (+ béton et tôle ondulée)

oSuperficie totale : environ 280 m²

oChoix constructifs :

−Structure métallique soudée à la maison

−Couverture : tôle ondulée

−Sol : les poteaux métalliques sont coulés directement dans le béton

−Dalle béton

−Panne sous toiture en planche de coffrage

−Bardage vertical bois

oParticularités techniques :

−Récupération : du métal pour faire la structure

oDéfauts constructifs : Sous dimensionnement de la charpente.

oUsages : Aire paillée et couloir de circulation du tracteur

oErgonomie et fonctionnement : Ce corps de bâtiment est accolé a une construction traditionnelle existante qui héberge la salle de traite. Le hangar autoconstruit fait office de sortie de la salle de traite. Une série de cornadis donnent sur le côté cours et un appentis abrite un couloir de circulation (avec tracteur) pour permettre d’alimenter les animaux.

composition hangar métallique autoconstruit.jpg

•3. Stabulation en perche de châtaigner

oBesoin initial : Agrandissement du troupeau

oAutoconstruction : totale (sauf la toupie)

oCoût global : 0 € (+ béton et tôle ondulée)

oSuperficie totale : environ 1000 m²

oChoix constructifs :

−Structure : en perche de châtaigner. Poteau simple, charpente en treillis

−Couverture : tôle ondulée

−Sol : béton

−Fondation : plot de béton sur lesquels reposent simplement les poteaux (sans fer qui dépassent.

−Bardage vertical bois

oParticularités techniques :

−Débrouille : Pour scier les perches de châtaigner, Philippe et Sylvain nous conseillent de commencer par le plus gros côté de sorte que, quand le bois s’écarte, il se coince dans les tréteaux et facilite le reste de la découpe.

oDéfauts constructifs :

−il arrive qu’avec un coup de tracteur mal placé, ou qu’un vent un peu violent souffle sous la toiture, pour qu’un poteau glisse de son plot... bon, il suffit de le remettre.

−La structure est globalement sous dimensionnée. En hivers, les rares nuits de neige sont souvent l’occasion pour Philippe et Sylvain de passer la nuit sur le toit pour faire tomber la neige.

−Les pans de toitures successifs laisse entrer la pluie battante lorsque le vent est dans la mauvaise direction.

oUsages : Aire paillée

oMorphologie : le choix de cette implantation en L permet de créer un espace intérieur à la ferme. Tous les bâtiments sont disposés autour du lac.

panoramique stabulation.jpg

•4. Démontage et reconstruction d’un ancien poulailler, son appentis et une extension

oBesoin initial : Plus de place pour le stockage du foin (extension) et pour le logement des animaux.

oCoût global : 0 € (+ toupis, tôle ondulée)

oSuperficie totale : environ 1200 m²

oAutoconstruction : totale

oChoix constructifs du poulailler :

−Structure bois et charpente tout prête

−Couverture en fibro ciment récupérée également

oChoix constructifs des appentis :

−Perche de châtaigner

−Tôle ondulée en couverture

oChoix constructifs de l’extension :

−Structure : Perche de châtaigner en pote »au et poutre, et quelques treillis

−Sans fondation : poteaux enfoncé à 80 cm dans le sol

oDéfauts constructifs :

−sous dimensionnement

−contreventement faible

oUsages :

−Le poulailler et ses appentis sont utilisés en stabulation

−L’extension est réservée au stockage du fourrage

poulailler remonté.jpg

•Annexe : rénovation de la maison

oParticularité : l’Aérovoltaïque : ce sont des panneaux qui convertisse l’énergie solaire en électricité et qui profite de la chaleur accumulée sur les panneaux pour réchauffer le logement, créer un circuit d’air, renouveler l’air intérieur...

rénovation maison.jpg

ALLER PLUS LOIN...

Site de la ferme : la rousselière

Une autre autoconstruction en perche de châtaigner faite par des éleveurs

Aérovoltaïque :

•Article interviewant un commercial : Savez vous ce qu’est l’aérovoltaïque ?

•Explication du système en vidéo

Statistiques : Posté par jonas — 20 Octobre 2015, 13:28 — Réponses 0 — Vus 247