Accueil > Index de trouvailles paysannes > Bâtis autoconstruits • Hangar en grumes de bois et paysans boulangers

Bâtis autoconstruits • Hangar en grumes de bois et paysans boulangers

La ferme des Pierres Gardées :

Après de nombreuses années d’expérience sur d’autres fermes en Isère, Pierre et Marie-Pierre s’engagent sur un nouveau projet au début de l’année 2015, en ayant l’opportunité de redémarrer sur ces terres. Ils se lancent donc en tant que paysans boulangers, avec le projet de faire vivre 3 ou 4 personnes sur leur exploitation : les différentes étapes s’enchaînent très vite, et l’activité de boulangerie commence dès novembre 2015, installée dans un local temporaire sur le site.

En parallèle de ce rythme soutenu, Pierre construit un nouveau bâtiment agricole impressionnant, intégrant toutes les fonctions nécessaires au lancement de leur activité, dont la plus grande partie sera réalisée en tout juste 4 mois, avec très peu d’aide et un rapport de prix au m² difficilement atteignable !

De la qualité de sa conception, exigeante et maîtrisée, jusqu’à la rapidité de sa construction en quelques mois, ce bâtiment n’auraient pas pu être réalisé de cette façon sans leur grande expérience de l’autoconstruction, acquise sur leurs précédentes fermes (notamment sur le Mont Charvet, voir le lien à la fin de l’article).

Vue Nord batiment existant et batiment neuf.jpg

Historique :

Nature de l’exploitation et surfaces :

Production de pain bio, 30 tonnes/an.

20ha de terres : 18ha labourables dont 12ha de blé, le reste en prairies et rotation + parcelle perso, avec un bâtiment de 750m² (+ future habitation). Élevage (bovins / ovins / poules pondeuses) et un peu de maraîchage en plus (2 serres).

La ferme permet actuellement de faire vivre 4 personnes.

Pierres Gardees_Vue Ensemble.jpg

Commercialisation :

Amaps, magasins et marchés de producteurs.

Clef de détermination :

Malgré la présence d’un bâtiment existant en maçonnerie ancienne, l’objectif était de réaliser un bâtiment neuf afin de répondre à des exigences nouvelles : plus grandes surfaces de stockage, habitation accolée et conception « bioclimatique ».

Volonté de pouvoir étendre le bâtiment dans toutes les directions si nécessaire, de ne bloquer aucun côté.

Choix de construire le bâtiment en même temps que le lancement de la boulangerie, qui est actuellement aménagée dans une ancienne remorque frigorifique récupérée.

Parcours réglementaire :

Obligation de passer par un architecte pour déposer le permis de construire, car l’ensemble des surfaces bâties excédait 800m² (bâtiment agricole + habitation).

Conception :

La grande majorité du bâtiment était déjà conçue et bien ficelée par Pierre et Marie, riches de leurs précédentes expériences sur d’autres fermes. Malgré l’obligation, le fait de passer par un architecte pour le permis de construire fût une expérience positive : cela a permis d’affiner la conception du projet, par la discussion avec quelqu’un qui avait bien compris leurs attentes.

Vue d’ensemble - cour.jpg

Construction : Neuve

Coût global : 46 000 € pour un bâtiment de 750m², soit 60€/m².

Coût par lots :

  • terrassement : 4500 €
  • Bétons (85 m³) : 8500 €
  • Ferraillages : 1000 €
  • Grumes de bois (67m3 à 120 € le m3) : 8040 €
  • Bardage bois : 6000 €
  • Murs et cloisons bois (ossature) : 6000 €
  • Électricité : 8000 €
  • Architecte : 2000 €

Superficie :

Bâtiment agricole de 750m² au sol :

  • RDC : 460 m²
  • Etage intérieur : 120 m²
  • Appentis nord : 150 m²

Habitation à venir.

Choix de conception :

  • Position sur le site : à côté des terres, le plus au Sud de la parcelle pour ne pas les couper (partie sud « non-exploitable »). Importance de pouvoir circuler autour du bâtiment et, surtout, de se garder des possibilités d’extensions dans le futur.
  • Forme : Positionné sur un plateau très exposé, la forme en « L » a été adoptée pour à la fois se protéger des grands vents (Sud-Est) et s’ouvrir au soleil sur le Sud.
  • Gestion du vent : les façades Nord et Est sont ouvertes en partie haute, sur toute leur longueur, pour créer une sortie d’air en cas de grand vent et éviter l’arrachement de la couverture. En plus, cette ouverture crée un apport de lumière supplémentaire pour obtenir un bon éclairage naturel en journée.
  • Passée de toiture de 3,5m à 4m sur tout le périmètre du bâtiment, pour se préserver un parcours extérieur abrité.
  • Prévision des 150m² d’appentis en plus, en contact avec les terres, pour servir de stockage extérieur.
  • Hauteur intérieure : déterminée par la hauteur nécessaire de l’appentis au Nord (3,5m) et des pentes de toit (25%).
  • Auvent à l’Ouest : choix esthétique personnel vis-à-vis de l’arrivée sur la ferme, bloque l’extension de ce côté (mais pas indispensable vu le reste des ).

Choix constructifs :

  • Soubassement : Dalle béton + plots béton support des poteaux de charpente (maintiennent le bois à 60cm du sol pour éviter contact avec l’eau)

Structure primaire : portiques bois sur plots béton

  • Charpente : portiques de 10m de portée, composés chacun d’une ferme triangulée sur poteaux, sur laquelle s’appuient les prolongement de la toiture (appentis Nord et passée de toiture côté cour). Tous les éléments de charpente sont composés en grumes de bois (douglas), écorcés sur place et découpés à la tronçonneuse.
  • Contreventements : croix de Saint-André) sur tout une travée pour former un module rigide

Extrait structure.jpg

Intérieur hangar et travée.jpg

Structure secondaire : façade légère bois, appuyée sur les portiques

  • Façade légère bois, support du bardage extérieur : Cadre « ossature-bois » (conçus comme des panneaux d’ossature) composé de montants massifs en douglas reposants au sol sur une lisse basse (elle-même directement vissée sur la dalle béton). Les montants sont fixés en partie haute soit directement sur les pannes sablières (avec connecteur bois de la même section), soit avec une lisse haute qui termine le cadre. Les lames de bardages horizontales sont ensuite directement fixées dessus, en clin sur les parties exposées à l’eau (meilleur écoulement), et simplement chant sur chant (ou ajourées) pour les parties protégées.
  • Couverture : Panneaux de bac-acier fixés directement sur des pannes en grumes de bois (espacées d’environ 1,85m). Comme le bac acier est en partie autoportant, cela qui permet l’économie d’une couche de chevrons qui serait normalement nécessaire avec un autre type de couverture.
  • Murs des locaux fermés : panneaux d’ossature-bois, isolés en fibre de bois. Bardage extérieur en lames de douglas posées en clins horizontaux, bardage intérieur en lames de douglas.

Organisation du chantier :

Afin de lancer la production de pain en parallèle de la construction, Pierre et Marie-Pierre se sont procurés une remorque-frigo d’occasion : ils y ont installé une boulangerie provisoire, dont le four à pain a été lui aussi fabriqué par Pierre. Malgré la charge de travail supplémentaire, il est indispensable pour eux de lancer la production le plus tôt possible, tout en montant le bâtiment en parallèle.

Les grumes de bois ont été livrées et stockée à côté de leur grande serre, puis manipulées avec une grue achetée d’occasion pour le temps du chantier (environ 2000€) : elle sera revendue une fois le bâtiment terminé.

Un fois coulée, la dalle béton sert d’atelier en plein air : Pierre y dessine directement l’épure de la charpente, y amène les grumes, découpe les pièces à la tronçonneuse, et assemble le tout directement au sol Cette technique lui permet de réaliser le montage d’un portique complet en 6h, de la grume brute au levage, à une ou deux personnes.

Particularités :

Assemblages poteaux grumes / plots béton : fûts de bois (retrait de la dosse à l’avance) « simplement » posés sur les plots béton avec la grue, et simplement tenus par deux fers à bétons de part et d’autres, enroulés autour d’un tige traversant le poteau.

Détail assemblages.jpg

Défauts constructifs :

  • Pierre estime qu’il aurait fallu une panne de plus sur chaque rampant (portées un peu fortes (1,85m) même pour du bac acier autoportant).

Autoconstruction : totale

Calendrier :

Construction d’un bâtiment de 750m², hors d’eau, en 4 mois.

  • Début du projet en mars 2015
  • Terrassement en octobre 2015.
  • Sols béton fin octobre / début novembre 2015, en parallèle lancement de la boulangerie le 5 novembre
  • Début de la charpente dans le courant du mois de novembre, bâtiment hors d’eau (avec bardage extérieur et couverture) fin janvier 2016.
  • Depuis février 2016 : construction des volumes intérieurs fermés, en ossature-bois (atelier, boulangerie, salle « polyvalente »...)

Accompagnement d’un professionnel : Location d’une toupie pour réaliser la dalle béton.

Construction Boulangerie + Local Vente.jpg

Chantier participatif :

Après avoir monté 2/3 de la charpente seul, Pierre a en partie reçu l’aide de deux personnes, ainsi que de deux groupes sur des périodes assez courtes (8 jours et 3 jours). Il estime le temps de travail total sur le bâtiment à 630h (mi-avril 2016), dont 240h avec des aides extérieures.

Inconvénients dus à l’autoconstruction :

Malgré leur expérience conséquente d’autoconstructeurs, Pierre et Marie-Pierre insistent sur le fait que ce temps consacré à la construction se fait forcément au détriment de la qualité de production sur la ferme. Certaines pertes auraient pu être évitées s’ils avaient eu plus de temps à consacrer aux bêtes ou aux terres, sans compter le gros stress généré par l’accumulation des tâches (construction + lancement de la ferme). De leur point de vue, la très bonne organisation du projet et du chantier en amont est donc absolument indispensable, tout comme la nécessité de rester extrêmement rigoureux pendant la réalisation.

Pour eux, le recours à l’autoconstruction ne doit pas se faire uniquement pour des raisons économiques, même s’il s’agit du critère principal (le prix du bâtiment aurait pu être triplé en passant par des professionnels). C’est aussi pour la liberté qu’elle leur offre dans la gestion de leur projet que l’autoconstruction les intéresse : choix matériaux et des dispositifs sans dépendance extérieure, autonomie dans l’entretien, etc. Cette indépendance se fait au prix de concessions sur l’exploitation, qu’ils pensent avoir pu éviter en pensant différemment leur fonctionnement économique.

Usage :

Organes internes :

Appentis de stockage du foin : 150m²

Espace de travail couvert, stockage outils et machines : 240m²

Atelier : 20m²

Espace de stockage cuves à grains, ensachage : 100m²

Boulangerie : 60m²

Bureau / salle de vie : 60m²

Organisation fonctionnelle :

La forme en « L » permet de séparer les parties du bâtiment et de répartir les fonctions sur les deux branches, en les maintenant toutes en contact avec l’espace de travail extérieur :

  • Au Nord la partie hangar agricole (stockage machines et outils, tri, cuves à grain et ensachage), qui protège du vent et profite d’une bonne exposition au Sud.
  • Au Sud, la partie atelier / accueil (boulangerie, local de vente/d’activités, maison) qui s’ouvre sur la cour à l’Est, en direction de l’entrée de la ferme.

Pierres Gardees_Forme L.jpg

Pierres Gardees_Organisation.jpg

Ergonomie :

  • Grand espace de travail sous le hangar : très lumineux, bien ventilé, prolongé sur l’extérieur par la passée de toiture. Pierre insiste sur le fait de prévoir toujours « très grand » sur le dimensionnement de l’espace du hangar, pour ne pas se retrouver vite coincé par le manque de place. Le fait de placer les cuves de stockage du grain dans l’angle du bâtiment permet de libérer cet espace, plus confortable pour travailler.
  • L’agencement des espaces dans cette forme en « L », suivant différentes étapes de la production, permet de réduire au maximum les transports à la main (qui peuvent se faire simplement avec un diable, facilement déplaçable sur la dalle béton).
  • La future Boulangerie : Pierre prévoit d’employer une chambre de pousse pour anticiper la préparation d’une fournée de pain dès la veille… Cette zone était encore en cours de réalisation au moment de la visite, mais pourra être détaillée plus tard !

Pierres Gardees_Ergonomie.jpg

Défauts d’usage majeurs :

Bâtiment toujours en construction, donc pas encore de retour sur l’usage.

Peut-être une question, à voir sur le long terme : présence d’une marche entre l’ensachage et la boulangerie, mais qui reste relative vu que le transport des sacs se fera avec un diable en passant par une petite rampe aménagée sur le changement de niveau (de plus, le passage sera bouché par chambre froide / local viande).

Si c’était à refaire :

Ils ne le referaient peut-être pas, ou pas tout de suite… étant donné qu’il s’agit du 3ème bâtiment que Pierre réalise intégralement, celui-ci semble bien abouti et n’attend qu’à être mis à l’épreuve ! La question se posera donc une fois le bâtiment terminé, après quelques temps d’usage.

Aller plus loin :

Cahiers techniques de l’ITAB sur les Grandes Cultures :

Sur le même sujet :

Techniques de construction bois, charpente :

  • Jacques Anglade, pour des idées d’ingénieur-bois sur structures de hangar en fûts (on peut télécharger certains plans en PDF)

http://www.anglade-structures-bois.fr/p ... 400&rang=4

Ces travaux de recensement bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National , par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires.

JPEG - 62 ko

Statistiques : Posté par Lucas AP — 26 Mai 2016, 12:39 — Réponses 0 — Vus 795