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Bâtis autoconstruits • Fromagerie en terre-paille

Sophie Vincent et Thibaut Salloignon se sont installés sur la ferme Conclois à Bure-les-Templiers (21) en 2016. Cette ferme familiale, en bio depuis 25 ans, présente aujourd’hui une activité de polyculture-élevage et transformation : céréales, brebis laitières, et quelques vaches en pension l’été. La ferme s’étend sur 130 ha : 70 ha en prairies permanentes, 50 ha en céréales, et le reste en jachère, marais et forêts, ce qui permet l’autonomie alimentaire de leur troupeau. En développant l’activité d’élevage, et dans le projet d’une diversification future, Sophie et Thibaut ont conçu et construit leur fromagerie en terre-paille ainsi que le quai, la salle de traite et les cornadis.

En parallèle à l’activité agricole Thibaut a installé sur la ferme un atelier de conception et de fabrication de vélos modulables. Il a également pour projet de développer un atelier complémentaire de valorisation des céréales produites sur place.

Vue globale.jpg

CONTEXTE

Historique :

Thibaut et Sophie ont suivi des parcours différents avant de s’installer à la ferme Conclois en 2016. Chantal, la mère de Thibaut qu’ils ont rejoint sur la ferme, s’occupe principalement des cultures, leur arrivée a permis de développer et diversifier l’activité agricole, avec la création d’un atelier brebis laitières et transformation.

Après un BTS ACSE, Sophie réfléchit à un projet d’installation sur la ferme et l’activité à y mettre en place, elle choisit de s’installer en brebis laitières. Elle démarre son activité d’élevage et de transformation avec un petit troupeau de 42 bêtes, dont 20 brebis laitières, qu’elle compte agrandir petit à petit jusqu’à 50 laitières, afin d’atteindre l’autonomie (actuellement l’activité n’est pas viable sans les aides).

Thibaut est ingénieur en mécanique, sa passion pour le vélo et le bricolage le pousse à monter un atelier vélo sur la ferme. Il réfléchit actuellement à un projet d’installation agricole : reprise de l’activité de sa mère (céréales) avec amélioration de l’itinéraire technique et valorisation (plutôt que d’augmenter les rendements) via un atelier de transformation et fabrication de pâtes.

Itinéraire technique :

Troupeau en biodynamie acheté dans la Drôme constituée de 20 brebis laitières, 2 béliers et 20 jeunes de types Lacaune croisées Sarde et Manech : plus rustiques et possibilité de valoriser la laine. Les agneaux sont élevés sous la mère, le sevrage se fait naturellement vers 1 mois 1/2 puis ils sont engraissés et vendus à un maquignon (projet de vente directe à l’avenir). Les brebis produisent du lait 7 à 8 mois, transformé sur place en yaourts, lactiques et tommes. La fromagerie est inutilisée tout l’hiver et serait donc disponible pour une autre production (bière, pâtes…), d’où l’intérêt d’avoir fait un laboratoire polyvalent.

La conduite du troupeau est en évolution : activité récente, réflexion pour les laisser le plus longtemps dehors, et éventuellement leur faire pâturer les cultures en hiver. Sol humide mais séchant, la limite se trouve plutôt dans la rudesse du climat.

La ferme s’étend sur 130 ha avec 70 ha en prairies permanentes, 50 ha en céréales, et le reste en jachère, marais et forêts. Cette surface permet de produire foins et céréales et d’assurer l’autonomie alimentaire du troupeau.

Commercialisation : vente directe sur les marchés et au fournil de Chambain + projet d’augmenter la production pour vendre en magasin et sur de plus gros marchés

Besoin initial : fromagerie aux normes pour mettre en place la nouvelle activité d’élevage-transformation en brebis laitières

Clef de détermination du bâtiment : écologique, cohérent avec leur démarche, adapté aux normes, polyvalent (utilisation en hiver pour d’autres ateliers que la fromagerie), autoconstruit.

CONSTRUCTION

Coût global : 80 000€ incluant le bâtiment (dont terrassement et maçonnerie) + équipement de fromagerie (± 5000€) + main d’œuvre (un ouvrier à ± 8000€)

Superficie totale : 5x9m extérieur, 35 m² intérieur, sur deux étages : cave et magasin au sous-sol, atelier de transformation et laverie à l’étage/rez-de-chaussée

Temps et organisation du chantier : 5 mois à deux + 1 mois seul + 1 jour 1/2 de chantier participatif pour faire l’enduit ; Utilisation d’un manitou – très pratique !

Démarches : Dossier de demande d’aides – subventions uniquement sur les matériaux

Choix de conception :

  • Emplacement de la fromagerie espacé de la bergerie et de l’espace de traite afin de créer un vide sanitaire et limiter les mouches dans la fromagerie, utilisation d’un ancien silo à maïs enterré sur trois côtés comme structure de base
  • Bâtiment conçu sur deux étages, circulation et agencement des différents espaces pensés pour assurer une marche en avant opérationnelle : passage de la salle de fabrication à la cave sans passer par la laverie
  • Cabane en bottes de paille autoporteuses avec une cave bioclimatique enterrée sur trois côtés : sous-sol en maçonnerie, ossature bois, murs en bottes de paille, enduit terre-chaux (extérieur) et blocs étanches + peinture alimentaire (intérieur), bardage en bois côté pluie.

Avantages d’une construction en paille : très bonne isolation, température constante été et hiver dans la fromagerie + confort du travail, espace plus sain, moins « plastique » + plaisir de travailler le bois et la paille + valorisation de la paille produite sur place + solidité de l’ossature bois permettant de fixer des supports lourds aux murs (pas tellement possible avec des panneaux sandwichs).

Cette option présente une difficulté majeure : rentrer dans les normes, la DSV ayant refusé de regarder les plans, un gros travail de documentation et de recherche a donc était nécessaire afin de rentrer dans les critères.

Choix constructifs :

  • Partie sous-sol en maçonnerie, dimensionnée par rapport au terrain (utilisation d’un ancien silo à maïs enterré sur trois côtés), faite par un professionnel.

Maçonnerie.jpg

  • Ossature bois : planches de douglas en 5x20 (achetés à la scierie du coin) et plaques OSB pour les joints. Fixations avec des clous (± 20 clous/plaque/côté).

Montage de l’ossature bois.jpg

Les portiques sont montés directement sur la dalle, l’écartement entre chaque portique correspond à la largeur d’une botte de paille. Les portiques sont tenus par des baguettes pour le montage puis renforcés par des plaques en OSB.

Contreventement en OSB et pose de la toiture.jpg

  • Murs en bottes de paille : les bottes sont encastrées entre les portiques, elles ont été découpées en T afin de couvrir l’épaisseur des portiques.

Isolation des murs en bottes de paille.jpg

  • Enduit terre-chaux : terre argileuse ramassée sur place, enduit appliqué à l’extérieur, sur la paille. Un bardage est ajouté côté Nord-Ouest, d’où viennent les pluies et vents dominants.

Enduit extérieur terre-chaux.jpg

  • Bloc étanche : indispensable pour répondre aux normes d’hygiènes. Utilisation de plaques fermacell, plus écolo et résistant que les panneaux sandwichs (qui sont faciles au nettoyage mais peu solides).

Isolation des cloisons laine de bois et pose du fermacell.jpg

Organisation/aménagement intérieur : L’ensemble des choix constructifs (techniques et matériaux) ont permis d’avoir une structure bien isolée et bien ventilée.

  • Circulation de l’eau et de l’électricité installée dans les cloisons afin d’éviter les câbles au plafond et gagner du temps pour le nettoyage.
  • Fenêtres placées dans les différents espaces pour apporter de la lumière, intégrées dans une largeur de trois portiques.
  • Sol à l’étage en résine : lisse, facilite le nettoyage + siphons dans chaque pièce pour évacuation d’eau de nettoyage (mais faible pente, pas idéal).
  • Ventilation : VMC double flux – importance d’avoir une bonne ventilation, tuyaux plats pour gagner de la place mais pas mis dans le plafond car besoin d’un accès facile pour faire les réglages et la maintenance. VMC réglée de telle manière que la salle de transformation est en sur-pression et les pièces autour en dépression, assurant ainsi une sortie d’air permanente, la circulation d’air assainit les pièces et limite ainsi les contaminations.
  • Portes dans la fromagerie : portes d’extérieur basiques en PVC avec un système de fermeture automatique classique, beaucoup moins chers que des portes spéciales fromagerie.
  • Cave : 99 % d’humidité, sol couvert de gravillons, isolation au plafond et puit canadien, étagères faites avec des panneaux en pin à triple épaisseur (colle à l’intérieur).

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  • Sous-sol intérieur : couverture des murs à la chaux et carrelage au sol (moins fragile que la résine) car plus de passage (zone de vente et accès à l’extérieur pour chargement des véhicules).
  • Aménagement fromagerie : Étagères et tables de travail sans pieds, fixées aux murs (possible car murs solides, pas en panneaux sandwichs), facilite le nettoyage

Salle de transformation.jpg

+ Réflexion en cours sur un récupérateur de chaleur pour réutiliser l’eau chaude utilisée pour le nettoyage.

Défauts constructifs/Améliorations potentielles :

  • La structure aurait pu être allégée.
  • Pente au sol dans la fromagerie pour faciliter l’écoulement et évacuation de l’eau de lavage pas assez forte

Si c’était à refaire :

  • faire une seule technique : tout bardage ou tout enduit, faire des techniques différentes demande plus de travail
  • pente dans la dalle plus forte, réflexion sur les fondation très importante (plat/pente), précision de la maçonnerie permet de partir sur une bonne base et facilite le travail ensuite
  • installation en eau pas si compliqué à faire soit-même

Recommandations : Ne pas hésiter à faire plus grand, à prendre un peu de marge (ne prend pas beaucoup plus de temps et pas beaucoup plus chers), penser évolution et optimisation de l’espace : possibilité d’agrandissement, modification de l’activité, faire éventuellement une pièce en plus pour une autre activité de transformation.

Ne pas passer par acier-discount, ce sont des arnaqueurs ! Importance d’avoir des fournisseurs fiables !

Et une autre bricole pour la route : une cabane à cochons faite avec des matériaux de récup, pour valoriser le son et le petit lait, et avoir de la compagnie à côté des toilettes sèches !

Cabane à cochons.JPG

Pour aller plus loin

D’autres réalisations de Thibaut et Sophie :

  • Quai de traite, salle de traite et cornadis autoconstruits
  • Une yaourtière inventée et bricolée à moindre coût !

A propos de la ferme Conclois :

D’autres exemples d’autoconstruction :

Sur la construction en paille :

Statistiques : Posté par Camille AP — 06 Juin 2017, 10:32 — Réponses 0 — Vus 3