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Bâtis autoconstruits • Cave en biodynamie : Episode#2

Domaine BINNER, à Ammerschwihr

A sa sortie de l’école en 1998, Christian Binner récupère la vigne de ses parents. C’est lui qui décide du passage en bio, puis en biodynamie, et produit aujourd’hui des vins nature, c’est à dire qui ne contiennent aucun intrants.

Avec le développement de ses produits viticoles particuliers, est apparue la nécessité d’un bâtiment-écrin qui soit représentatif de la philosophie du producteur. Christian Binner avait à la fois le besoin pratique de modifier les bâtiment, et l’envie de produire quelque chose de beau et qui ait du sens pour sa pratique.

Le chantier commence en 2010 et s’achève en 2015. A l’arrivée, les Binner ont construit une cave, un chai et une habitation. Christian s’est beaucoup inspiré du projet de BOESCH, dont l’aboutissement l’a libéré sur beaucoup de points, et lui a permis de se lancer plus loin encore dans l’innovation et l’auto – conception de son bâti. C’est également Mathieu Winter qui a accompagné Christian sur le projet, tout en laissant la responsabilité de la maitrise d’oeuvre à ce dernier : notamment pour la charpente bois, les portées ne respectent pas les CSTB, et sont donc « inassumables » pour des professionnels.

Vue extérieure.jpg

Contexte :

  • Exploitation familiale existante 6ha, et aujourd’hui 12ha.

Personnel 4 personnes permanentes + woofers réguliers.

Cherche à réduire l’activité, à transmettre et déléguer un peu, se répartir le travail collectivement pour avoir un peu plus de temps pour soi (plus la même dynamique qu’aux débuts « pionniers ») : création des « Vins pirouette », structure alternative et pour mutualiser les outils et raisins en travaillant avec d’autres viticulteurs qui sont équipés, possibilité de transmettre aux plus jeunes/nouveaux, réseau de travail et une commercialisation transparente.

  • Commercialisation : 100 % vente en bouteille. Pas d’agrandissement à la reprise, et début dans la démarche des Vins Nature (sans intrants). Base du domaine déjà à 95 % en bio, mais pas le label (refus du père). Passage en bio puis en Biodynamie (pour plus de libertés). Aujourd’hui 60 % d’export, presque 40 % en france : + difficile à écouler en france, cherche à établir un lieu de consommation local, pour éviter la com’ et travailler en proximité.
  • Besoin initial : construction d’un nouveau bâtiment, car plus de surface donc besoin de plus d’espace, adapté
  • Clef de détermination : envie d’un bâtiment bioclimatique, qui offre un cadre de travail agréable et un contexte favorable à la vinification (avec des matériaux qui n’altèrent pas le vin).

Gain de temps, en évitant des interventions qui sont aussi dues aux dérèglements induits par toutes les modifications faites au vin dans la vinification « conventionnelle ». Le vin naturel aussi pour gagner du temps, et soit un prolongement de l’attention qui est donnée au raisin dans les vignes (donc recherche d’un bâtiment qui accompagne le vin, « qui puisse aider »).

  • Coût :

1000 euros du m², pour 700 m²

  • Calendrier :

Début du bâtiment en 2011, fin en 2015

Conception :

  • Travail avec un archi (Mathieu WINTER), le même que chez les Boesch.
  • Travail avec un géobiologue.
  • Bonne synergie avec entre Christian/l’archi/l’ingé bois : « assument » collectivement les risques d’un bâtiment hors-norme. Ex : toiture végétale 40cm terre sur structure bois, « c’est interdit » (trop lourd). Bien décidé à assumer son bâtiment, malgré les risques d’un désistement des assurances en cas de problème. (refus des autres corps de la maîtrise d’œuvre à assumer la responsabilité du chantier)
  • Eléments de programme :

Vue cour intérieure.jpg

Construction d’un chai :

Panorama hangar.jpg

D’une cave enterrée en enrochements :

Panorama cave.jpg

Bâtiment bioclimatique, intégrant une toiture végétalisée

  • Enjeux et contraintes majeures (ou clef de détermination) :

Exigences : humidité (conservation des fûts en bois), température fraîche, lieu calme.

Necessité d’avoir de la PLACE : ne pas se retrouver avec un poteau dans la circulation.

  • Exigences de matériaux :

Travail avec des pierres locales (grès d’une carrière à 1h du domaine : rebus de carrière qui ne passe pas au calibrage). Structure bois en douglas local, travail avec l’ONF pour avoir un bois très résistant (pousse en conditions arides, coupé dans les bonnes conditions : dans « les bonnes lunes » et hors-sève).

Isolation au miscantus . Planches de couverture interne viennent des troncs utilisés pour la structure .

  • Choix de conception (bioclimatique / biodynamie) :
  • Besoin d’humidité pour la conservation du vin
  • orientation de façon à protéger l’espace de la cave du SUD
  • Intégration de la toiture végétalisée avec une bonne épaisseur de terre pour faire tampon entre l’ambiance dans le chai et la température extérieure.
  • Systèmes et choix constructifs :
  • Enrochement : blocs de grès « rebus de carrière », pas assez résistant pour les gros chantiers
  • Charpente : Pas de lamelle-collé, mais grandes sections : monté humide, sèche sur place une fois posé, mais pas de problème de vrille ou rétractation du bois car bonnes conditions de coupe. Bois posés dans le sens de pousse naturel (haut en haut, bas en bas), idem pour la roche : très positif sur le plan énergétique/géobiologique.

Autoconstruction : partielle

Christian est le maître d’ouvrage, et a géré lui-même le chantier, sans pour autant construire directement.

Ce qui a été auto construit :

  • escalier
  • mise en place des blocs en grès
  • isolation
  • mur en pierre sèche
  • aménagement extérieurs

Accompagnement :

  • Scierie et charpentier local, sur la même longueur d’onde

Grosse section : bois en forêt 100 m².

Ce qui est intéressant, et s’est révélé être un gain d’argent permis par la démarche d’autoconstruction, c’est la façon dont Christian a géré son approvisionnement en bois. Il a géré toute la filière, de l’achat, en passant par le transport et jusqu’ la scierie. Les surcoût ont été mis dans la matière première, pas dans les scieries.

  • Maçon : dalle
  • enrochements
  • charpentiers
  • éléctricien
  • plombier
  • menuisier

Organisation du chantier :

Pas Christian qui bricole et construit directement, mais il a 2 salariés qui s’en occupent.

Ergonomie :

Cave enterrée partout sauf au niveau de l’ouverture. C’est pour cela que les blocs sont scellé au niveau de la porte, pour empêcher les variations d’humidité dans la cave.

Détails cave.jpg

Toit vegétalisé : intégration dans le paysage, esthétique. Replanter de la vigne (minimiser l’impact) Capacités d’absorption.

Liège en dessous de l’EPDM + delta DMS avec géotextile.

Pente 35 %

Toit végétalisé.jpg

Bâtiment modelé autour du plus gros pressoir, en gardant à l’esprit l’idée de pérennité et d’adaptabilité du bâtiment.

vue pressoir.jpg

Pas de lamellé collé dans le chai, mais pas de poteau au milieu non plus !

Portée Charpente.jpg

Retours :

Si l’expérience des BOESCH a été un tremplin pour Christian, la conception de son bâtiment a aussi été l’occasion d’un réelle prise de conscience sur ses besoins et ses envies. L’espace du chai, qu’il a du se battre pour obtenir tel quel, correspond à ce qu’il avait imaginé, et s’adapte à tout type de travail et de circulation. Il parait qu’on y fait très bien la fête !

Quand à la cave :

  • « Depuis que les vins sont là bas, je remarque que les vinif’ sont nickel. Plus besoin d’intervenir dessus. »

Alors... Paris réussi ?

Aller, toujours !, plus loins :

Les gens du projet :

Le site internet du domaine Binner : LA

Le site de l’architecte qui a accompagné le projet : ICI

Sur le sujet des chais/caves viti-vinicoles : Le post sur la cave des BOESCH

Sur les techniques de la biodynamie : Histoire de Dynamiseur

Un document assez exhaustif sur l’écoconstruction et l’architecture bioclimatique : LA

Ces travaux de recensement bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National , par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires.

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Statistiques : Posté par Manon AP — 13 Septembre 2016, 08:47 — Réponses 0 — Vus 36