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Bâtis autoconstruits • Cave en biodynamie : Episode#1

Le domaine viticole BOESCH est passé en bio en 2000, et en biodynamie en 2001, sous l’influence de Marie et Matthieu, qui ont repris l’exploitation des parents de ce dernier.

Au début de leur activité, ils mènent ces transitions dans les vieux bâtiments, et doivent continuellement s’adapter à l’existant, ce qui n’est pas toujours très pratique…

De ce constat, et du souhait de se sentir chez eux sur le domaine, est né le projet.

L’idée principale est de ramener tous les postes de transformation, de production et de vente au même endroit. Ils décident de construire un pressoir et une cave, en extension des bâtiments du domaine familial existant. La construction de l’habitat des vignerons au sein de ce pôle a suivi comme une évidence.

En 2007, c’est le début du projet. En 2008, on en est au premier coup de pelleteuse. Accompagnés par un architecte spécialisé dans le bioclimatisme Matthieu et Marie prennent complètement leur projet en main.

L’utilisation des matériaux écologiques et le respect des principes du bioclimatisme est né chez eux de cette interrogation simple : qu’est ce qu’on veut faire ? Ils souhaitent aussi aller vers l’autonomie énergétique et le traitement de l’eau. Toute leur conception est guidée par des principes de respect et de soin des organismes vivant. Le délicat procédé de vinification ne peut pas avoir lieu dans une cave en béton, il faut selon eux rester cohérent dans les pratiques. C’est pour cela, entre autre, qu’ils se sont dirigés vers une cave constituée d’enrochements non-scellés, pour que l’humidité vienne du sol et que le bâtiment puisse respirer…

Au bout de 5 ans de chantier, Matthieu et Marie peuvent accueillir les clients, visiteurs et tonneaux de vin dans des lieux qui leur ressemblent, qu’ils sont fier d’avoir fait sortir de terre.

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Présentation du bâtiment - Vue Nord, depuis la route

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Présentation du bâtiment - Vue Est sur l’habitation et la talus

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Historique

o Nature de l’exploitation : viticulture (15 ha de vignes en coteaux) en – transformation – vente

o Besoin initial : Ramener tous les postes de transformation, de production et de vente au même endroit.

o Bâtiments existant : Pressoir, cave et maison d’habitation, construits en 94 par les parents de Matthieu, aujourd’hui utilisés comme caveau.

o Clef de détermination :

− Respecter l’existant, le paysage et les traditions constructives du coin. D’où l’emploi de matériaux locaux et de la technique du colombage .

− Principes du bioclimatisme et séparation des espaces : la cave est en enrochement non scellé, et les bâtiments sont agencés de façon à ce qu’elle soit protégée du Sud et de l’ensoleillement. La maison fait « tampon » entre les bâtiments de travail et le soleil, ce qui induit une séparation privé / pro apte à garantir l’intimité.

Cela permet au bâtiment de se réguler de lui -même, la cave peut descendre à 6/7 degrés en hiver. Le procédé de vinification est alors marqué du rythme des saisons, ce qui est en accord avec les principes de la biodynamie et garantit un certain confort de travail.

o Conception : accompagnée par un architecte, Mathieu Winter, mais au final très autonome.

Pas de bâtiment imposé, mais une définition des besoins et dessin du bâtiment ensemble.

Processus très long, mais qui paye rétrospectivement.

Beaucoup de travail en amont sur la définition des besoins et sur la façon dont les éléments vont communiquer entre eux, notamment grâce à l’utilisation d’une maquette.

Pour la conception technique : travail avec des ingénieurs et bureaux d’études « à part », donc différents des entreprises qui allaient construire le bâtiment. Cela permettait d’avoir un panel plus large de devis, et de négocier à partir du dimensionnement établit en amont, tout en s’assurant tout de même la garantie décennale. Difficulté à trouver des ingénieurs qui ont pu assumer la conception de l’enrochement pour un lieu de travail, mais finalement sont tombés sur quelqu’un d’assez curieux pour trouver les réponses techniques à la mesure du projet, notamment en fouinant dans des documents relativement anciens.

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La cave biodynamique des BOESCH

o Parcours réglementaire :

− Type de zone : Artisanale

− PC : permis de construire fait par l’architecte

Construction : neuve

o Coût global : 550 000 € = bâtiment complet avec la maison

o Superficie totale : 570 m² sans compter la maison

o Choix de conception bioclimatique de la partie agricole :

Dans le but de concevoir un bâtiment integré dans son environnement et respectueux, Matthieu et Marie ont adopté les principes de l’architecture bioclimatique :

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  • Cave : murs en enrochement, blocs de calcaire non-scellés + poteaux-poutres béton-armé + dalles béton-armé
  • Charpente du Chai : murs extérieurs en colombages + système poteaux-poutres bois massif + poteaux bois sur plots + mur de soutènement en parpaings.
  • Isolation du chai : doublage bottes de paille, technique expliquée à la suite de ce message.
  • Toit, couverture, étanchéité (de bas en haut) : solives (entraxe très serré, environ 30cm) + voliges + membrane EPDM+ 8cm de liège + 30cm de terre . Calcul de la structure du toit pour 450kg/m².

o Choix constructifs de la partie agricole :

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Coupe structurelle

La cave est en enrochement non scellé, fondé sur du béton. Une ossature poteau poutre en béton vient reprendre la charpente bois du chais, qui est sur-dimensionnée pour tenir compte du poids de la terre du toit vegetalisé.

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Schéma du dispositif parasismique

Une sorte de cadre en béton-armé « poteaux-poutres-semelle » qui assure la résistance aux séisme en solidarisant tous les éléments, dans lequel viennent se loger blocs de pierre des enrochements.

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Structure de la cave : à gauche les enrochement, à droite zoom sur le cadre en béton.

o Défauts constructifs :

Difficultés dans les finitions/derniers travaux totalement en autoconstruction, là où les entreprises sont moins présentes : enduits terre (dosage et application), chape en chaux, remplacement des briques de terre crue de l’habitation par des enduits terre (un enduit simple sur les brique les avait fait exploser)… en somme, des petites erreurs difficiles à prévoir à l’avance (ou sans une personne qui y a déjà été confrontée) qui sont dues au fait de ne pas connaître les propriétés de certains matériaux, ou les astuces constructives pour éviter ce genre de soucis.

Autoconstruction : partielle

o Accompagnement d’un professionnel :

Fondations, enrochement, charpente (toit, porteurs et colombages), électricité.

étanchéité de toiture (film EPDM) et enduits terre. Les pros ont seulement accompagné pour la pose et le lancement, pour montrer les gestes, puis étaient moins présents sur la fin. Tous les mélanges et dosages ont été préparés en amont par les autoconstructeurs.

o Autoconstruction :

Tout le reste : isolation paille, remblai du toit, revêtements intérieurs, menuiseries, plomberie, etc.

Utilisation de systèmes constructifs simples pour déléguer les tâches sur le chantier (ex : blocs de miscanthus, très faciles à poser).

o Organisation du chantier :

− Enrochement : pose avec une pelle mécanique, par des terrassiers (accès dans la pente très délicat en manitou)

− Remblai et toit végétalisé : une fois les précédents composants du toit posés (structure, isolation, étanchéité) la mise en place de la terre s’est fait très facilement. Une mini-pelle a été louée pour l’occasion pour constituer le talus, et approvisionner en continu toutes les petites brouettes qui allaient déverser la terre directement sur le toit : avec ce système, le toit fût « mis-en-terre » en une journée !

o Chantier participatif :

Surtout des copains et connaissances mobilisés

Usages :

o Organes internes :

Cave : 300m²

Chai : 170m²

Local stockage / étiquetage : 100 m²

o Fonctions supplémentaires / adaptabilité : Les espaces de la cave et du chai ont été pensé comme très ouverts, adaptables, pour anticiper une évolution des fonctions de ces espaces, avec le souhait en plus de pouvoir transmettre le bâtiment.

Exemple : pour le pressurage, les cuves amenées directement depuis les vignes doivent être positionnées en hauteur, pour benner les raisins dans le pressoir. Ils auraient pu choisir de réaliser un sol en demi-niveaux pour surélever ces cuves par rapport au pressoir, mais finalement des plateformes mobiles sur roulettes s’avèrent bien plus pratiques : les cuves sont posées à 2m du sol sur une plateforme mobile (par un petit élévateur), et une remorque à 1m du sol permet de travailler à une hauteur confortable et peuvent être bennées à la main.

o Ergonomie :

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− Utilisation du chai :

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Panorama du chai

Besoin d’un seul niveau en plain-pied (sur dalle béton, pour manutention), un grand plateau libre pour assumer plusieurs usages. Beaucoup d’étapes différentes dans la vinification, mais qui s’étalent individuellement sur peu de temps : il faut pouvoir passer de l’une à l’autre sans problème dans la même semaine, donc pas d’espaces cloisonnés et dédiés, mais de la place pour déplacer les outils et mobiliser l’espace.

L’espacement des poteaux est encore trop court (entraxe 4,5m soit le maxi en bois massif), dû à la volonté de rester en techniques simples à mettre en œuvre : restent une gêne dans certaines opérations à l’intérieur et avec différentes configurations, notamment au moment d’utiliser le pressoir (très volumineux). Finalement ils s’accommodent de cette singularité, considèrent que c’est un peu le « prix » de leur bâtiment, inhérent aux partis-pris de leur conception.

− Dans la cave :

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idem, un grand espace libre rectangulaire (miroir du chai), pour pouvoir agencer librement les tonneaux si besoin. Sol bétonné car besoin de drainer et garder le sol propre après le nettoyage des tonneaux .

− Préau : espace dessiné avec le nombre d’or (pour le rapport de proportion harmonieux), qui fait aussi office de lieu de dynamisation.

− Local étiquetage / stock : la forme du toit crée des différences de hauteur importantes, ce qui permet d’en profiter pour des usages différents (étiquetage/stockage de petit matériel dans la partie basse contre le talus, et stockage des palettes/caisses dans la hauteur de la partie haute)…

o Si c’était à refaire ? :

Le système d’équerre qui a été fixé sur le toit pour tenir la terre semble inutile, la terre tient très bien toute seule. Dans ce cas de figure, le liège serait finalement positionné sous l’EPDM, pour le protéger complètement de l’humidité.

Sinon, malgré la fatigue, l’investissement en temps et tutti quanti, Matthieu et Marie sont ravis d’avoir réussi à fabriquer un bâtiment qui leur ressemble, un lieu agréable à vivre au quotidien et qu’ils découvrent encore.

Si d’aventures, vous avez encore quelques questions subsidiaires ...

Sur les gens du projet :

Le site internet du domaine Boesch : http://www.domaine-boesch.fr/

Le site de l’architecte qui a accompagné le projet : http://architecture-winter.eu/Sur le sujet des chais/caves viti-vinicoles : (à compléter avec plus d’infos techniques ?)

Sur la conception et construction des chais :

− Document des Cahiers Techniques du Bâtiment sur la conception des chais : http://www.diec.fr/documents/2014.06.23 ... _et_18.pdf

− Un chai à vin en construction géobiologique : construction-geobiologique-chai-vin-t3057.html

− Un chai à vin en pierre de taille : http://www.perraudinarchitecture.com/pr ... _solan.htm

Sur les techniques en biodynamie :

− Plus d’infos sur le site du Mouvement pour l’Agriculture Bio-Dynamique (MABD) (http://www.bio-dynamie.org/ )

Sur le bioclimatisme :

− Petits documents en ligne proposés par le GABION, sur les notions de base du bioclimatisme (http://gabionorg.free.fr/DOCS/0011-phys ... timent.pdf ), de l’énergie solaire (http://gabionorg.free.fr/DOCS/solaire.pdf )

Sur l’éco - construction :

− Le CTMNC, Centre technique de matériaux naturels de construction (pas mal de documents sur la construction terre/pierre) : http://www.ctmnc.fr/index.php

− Le réseau des écocentres, lieux d’informations/formations/ressources autour de l’écoconstruction : http://www.ecocentres.eu/index.aspx

Ces travaux de recensement bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National , par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires.

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Statistiques : Posté par Manon AP — 17 Août 2016, 17:47 — Réponses 1 — Vus 225